Chronique – Visqueuse, Morgane Caussarieu

Je lis assez peu d’horreur, surtout pas de body horror – je suis du genre à agripper les parties de mon anatomie évoquées dans un texte – mais Morgane Caussarieu a bonne presse, et je suis sensible à sa démarche de populariser un genre dans une version francophone. Aussi, la sortie en poche de Visqueuse chez Pocket était l’occasion pour moi de découvrir l’autrice.

Que se passe-t-il quand une créature semblable à une sirène est capturée dans le Doubs de l’Entre-deux-guerres ? L’occasion pour l’autrice de réfléchir à ce qu’est un monstre, pourquoi ils nous fascinent, et de questionner les rapports de domination. Une franche réussite.

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Chronique – Requiem pour les fantômes, Katherine Arden

De Katherine Arden, j’ai déjà lu sa Trilogie d’une nuit d’hiver, devenue depuis une des mes fresques préférées, et dont le premier tome m’avait encouragé à citer son nom dans le Top10 des autrices de SFFF -sujet qui mériterait une V2 en passant. J’avais donc une grande hâte de lire un autre de ses textes, et l’éditeur m’a exaucé, avec un calendrier extrêmement resserré : traduction l’année même de la parution en VO et sortie du format poche moins de deux ans plus tard. Le risque, dans ces cas-là, est de toujours trop attendre.

Mais Katherine Arden a un talent fou – et une capacité de travail certaine – car Requiem pour les fantômes est un autre coup de cœur, et toujours dans une veine qui mêle Histoire et fantastique. Que sont les fantômes de la guerre ? Des territoires et des paysages marqués à jamais, l’ombre des morts et de deuils impossibles, ou l’incarnation des faiblesses de l’Homme ?

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Chronique – Tonnerre après les ruines, Floriane Soulas

Jusqu’à présent, je n’avais lu qu’un seul texte de Floriane Soulas, Les noces de la Renarde (primé en 2022) ; le hasard des lectures a fait que je n’avais pas eu l’occasion d’explorer davantage son travail, en dépit d’un succès qui ne se dément pas. La sortie en poche de Tonnerre après les ruines était pour moi l’occasion de rectifier le tir, même si l’épaisseur du roman et quelques retours parfois mitigés me freinaient un peu.

La surprise a donc été bonne – quasi 700 pages lues en une semaine, c’est plutôt bon signe. Dans ce roman, l’autrice s’interroge : que reste-t-il de l’humanité après une apocalypse qui n’en finit pas ? La nature a repris ses droits sur la culture, mais l’humanité moribonde ne peut se défaire de ses réflexes de domination, alors qu’elle doit se réinventer.

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Chronique – Team Building, Katia Lanero Zamora

La jeune collection de novellas lancée cette année par les éditions ActuSF continue son bonhomme de chemin, et cette fois-ci avec le texte d’une autrice habituée à ce format en la personne de Katia Lanero Zamora, auréolée du prix Julia Verlanger – mérité – pour Re:Start. Au delà de la forme, l’autrice belge prolonge avec acuité la dimension cathartique et s’attaque cette fois-ci au monde de l’entreprise, à l’heure du néolibéralisme époux du web 3.0.

Que se passe-t-il quand le management moderne fait semblant de régler les problèmes qu’il crée lui-même ? Cela donne une séance de jeu qui regroupe une poignée de salariés, contraints de respecter des règles obscures pour atteindre l’objectif ultime.

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Chronique – Mondes de poche, Brenda Peynado

Il y a des coïncidences qui font sourire. Qu’une novella porte le nom de mon blog, dans la prestigieuse collection Une Heure-Lumière de surcroit, en est résolument une. Elle fut également l’occasion pour moi de faire un pas que j’avais jusque-là retenu : faire une demande de service de presse auprès du Bélial. Erwan Perchoc a gentiment accepté et voici donc cette chronique, pour une fois largement en avance sur le reste de la blogosphère (si ça se trouve, je suis même le premier, au moins en temps relatif…)

Mais cessons ces petites références à nos nombrils et parlons de l’essentiel : Mondes de poche de Brenda Peynado – autrice traduite pour la première fois en français – et lauréate du prix Dick 2025 avec ce texte. C’est mérité. J’ai adoré cette (ré)écriture qui part d’un trope bien connu en SF, les univers parallèles, mais avec une narratrice dont le point de vue diffère doublement : celui d’une Dominicaine, et mère en deuil.

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Chronique – La Pratique, L’Horizon et la Chaîne, Sofia Samatar

Sofia Samatar est une autrice éditée en France par Argyll, et déjà deux fois dans la collection de novellas RéciFs. J’ai reçu La Pratique, l’Horizon et la Chaîne (hop, copié collé du long titre) en SP, ce qui est donc l’occasion pour moi de découvrir cette plume engagée – la marque de fabrique de l’éditeur. J’y allais tout de même un peu à reculons, la quatrième me rappelant L’incivilité des fantômes de Rivers Salomon, texte qui m’avait en partie laissé sur le côté du chemin, et que le terme de « parabole » du rabat n’est pas toujours rassurant pour moi.

Avec La Pratique, l’Horizon et la Chaîne on retrouve bien un texte de SF intégralement dans le huis clos de vaisseaux spatiaux qui aborde la question – et la persistance – de l’esclavage dans toutes ses dimensions, sans négliger la spiritualité et ce qu’elle permet.

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Chronique – À ce qui rouille et qui oublie, Lou Dulac

Commençons par enfoncer quelques portes ouvertes. Non, la SF ça n’est pas « toujours pareil », et encore moins « c’était mieux avant ». Oui, autrices et auteurs sont les fruits de leurs contextes, qu’ils soit social, politique… ou scientifique, et à fortiori pour qui écrit de la SF. Par exemple, Sbires ou Au cœur des méchas témoignent de l’influence – consciente ou non – des subaltern studies qui donnent la parole aux « petites gens ». Donc, même si le texte qui nous intéresse aujourd’hui n’est pas fondamentalement neuf, son approche et sa sensibilité valent le détour.

Avec À ce qui rouille et qui oublie, Lou Doulac s’inscrit quant à elle dans les préoccupations du care et se rattache au courant Solar/hope punk. L’autrice nous propose un univers post-apo où un robot en quête de souvenirs et d’identité (re)donne un sens à l’existence.

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Chronique – Sbires, Natalie Zina Walschots

Le genre super-héroïque a depuis longtemps débordé des simples cases de comics, et de la simple cible adolescente, vers un public adulte, et dont la salle de cinéma a parfois même été le lieu du premier contact. Néanmoins, par ses thèmes et sa forme – je pense notamment aux costumes -, le genre est éminemment visuel, graphique, et le passage à un format uniquement rédigé pouvait donc paraitre plus délicat, ou devenir une opportunité pour apporter une pierre de plus au vaste édifice. Quant au déboulonnage du mythe – notamment celui de Superman – le succès de la série The Boys montre qu’il est déjà bien avancé.

Avec Sbires, Natalie Zina Walschots s’inspire des codes et héritages du genre, tout en donnant la parole à celles et ceux qui sont parfois oubliés, et en montrant que le Golden Age est révolu.

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Chronique – Des perles pour les truies, Maeve Spiral

Je me répète, et m’excuse donc auprès des fidèles du blog, mais la novella est à la mode. Des perles pour les truies, c’est donc le lancement d’une nouvelle collection de format court, à la charte graphique léchée et identifiable, mais surtout une nouvelle autrice française ; et une incursion en Fantasy, dans un genre longtemps dominé en France par des plumes masculines, et qui en général a une tendance marquée à l’hypertrophie du nombre de pages.

Ici, s’il y a taille, c’est celle de la narratrice, hors norme à bien des égards, qui se démène dans un univers esquissé mais aux inégalités marquées, et qui doit (dés)apprendre à (se) faire confiance.

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Chronique – Maleficium, Martine Desjardins

La toute jeune collection poche des éditions l’Atalante, Neptune, a déjà un catalogue étoffé entre inédits en poche issus de leur fond grand format et textes qui déboulent directement. Si on y ajoute une direction artistique et une forme qui mise sur les couleurs métallisées, j’ai l’impression d’avoir en main une déjà vieille collection – rien de péjoratif ici – qui s’imposerait comme une bibliothèque idéale, entre nouveautés et classiques. Cela faisait quelques semaines que je voulais contacter l’éditeur pour un Service Presse d’un texte que je pourrais inclure à mon projet de prix (donc inédit en poche, pas de cycle…). Ce fut Maleficium de Martine Desjardins.

Bien m’en a pris pour cette excellente surprise. Maleficium se présente comme un fix up avec un schéma précis, qui parle de toutes les formes de domination, mais qui est en réalité un roman.

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