La cité de soie et d’acier, Mike, Linda et Louise Carey

J’aime mes comparses de la blogosphère. En effet, j’ai été à deux doigts de faire l’impasse sur ce texte que j’imaginais être un recueil de nouvelles – ce qu’il est un peu, on y reviendra – même si j’avais croisé de très nombreux retours enthousiastes lors de la sortie en grand format. Heureusement, Steph et Vincent m’ont détrompé. Aucun regret pour la lecture de ce roman écrit à trois mains, en famille, d’une très grande densité et à la mise en page particulièrement serrée dans cette version Neptune.

La cité de soie et d’acier est un texte parfaitement maitrisé. Le clan Carey s’approprie les codes des 1001 nuits pour mieux faire la critique du monde contemporain en racontant de belles trajectoires collectives et individuelles.

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Chronique – Une histoire d’ours, Eowyn Ivey

Certains éditeurs ont fait le choix de ne pas avoir de collection imaginaire, voire de n’indiquer aucune mention qui pourrait orienter le lectorat. Gallmeister est de ceux-là, alors qu’il n’hésite pas à publier des textes d’auteurs coutumiers du genre, notamment Blake Crouch et ses textes résolument SF ; notons quand-même que Upgrade est estampillé « imaginaire » – ok – et « fantastique » – pas ok (vous pourrez vérifier ici). Quant au te texte qui nous intéresse aujourd’hui, Une histoire d’ours, lui n’a reçu aucun de ces qualificatifs… alors qu’il appartient sans aucun doute possible au genre fantastique. Tant mieux ou tant pis ; j’aurais pu manquer ce bijou, et ça aurait été dommage, mais il a aussi été lu par des personnes qui se cantonnent peut-être habituellement à la littérature blanche.

Une histoire d’ours est un modèle de nature writing, dont les paysages servent d’écrin glacé à une famille toujours sur le fil, jusqu’à la rencontre qui bouleverse encore davantage les normes.

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Chronique – Les Sentiers de Recouvrance, Émilie Querbalec

Il y a des textes qu’on est heureux d’apprécier, et Les sentiers de Recouvrance est de ceux-là. D’Émilie Querbalec, j’avais déjà lu Quitter les Monts d’automne (dont ma chronique est finalement plus positive que le souvenir que j’en ai) et Les Chants de Nüying qui lui m’a vraiment déçu. Dans ces textes, l’autrice réoriente assez brutalement son intrigue quelque part après le milieu, ce qui me frustre car j’ai l’impression de promesses non tenues. Pourtant, j’aime la plume, ses personnages complexes et ses idées SF toujours intéressantes.

Alors, quid de ce roman ? L’autrice y applique à nouveau ce procédé mais dans un texte plus bref, donc avec un changement qui arrive plus tôt, et surtout un fond qui m’a paru adapté à ce twist. Au programme : futur proche inquiétant, deux beaux personnages, et de l’espoir.

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Lavinia, Ursula K. Le Guin

On ne présente plus Ursula K. Le Guin, qui serait peut-être le seul nom d’autrice cité par les tenants de « la SF, c’était mieux avant ». On présente peu Virgile, évoqué pêle-mêle en cours de latin ou d’histoire lors d’une leçon sur la fondation mythique de Rome et le projet augustéen. Il est par contre nécessaire – pardonnez moi de généraliser en réalité ma propre expérience – de présenter Lavinia, l’épouse d’Enée, héros troyen et personnage principal de l’Enéide de l’auteur mentionné plus haut. Ainsi, un peu avant que l’exercice ne perde en originalité, l’autrice étatsunienne décidait de réécrire, ou du moins de compléter, un des textes fondateurs de l’Antiquité, inspiré lui-même de l’Odyssée, excusez du peu.

Pourquoi cette prise de risque, qui pourrait même flirter avec la prétention ? Pour réparer une injustice, mais aussi pour réfléchir au statut de l’auteur ou de l’autrice ainsi que la relation avec leurs personnages, et pour prolonger (conclure ?) le grand œuvre de Le guin. Une réussite.

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Chronique – Submergée, Arula Ratnakar

La collection RéciFs m’avait globalement habitué à des textes que je qualifierais « d’expérimentaux », avec des ambiances marquées, poétiques ou oniriques. Je ne l’attendais certainement pas du côté de la HardSF, plutôt l’apanage de la collection pionnière et concurrente. Nous restons tout de même dans la ligne éditoriale : une autrice – encore une première traduction en français – et un texte engagé, mais peut-être plus subtilement, et surtout très audacieux.

Car Submergée d’Arula Ratnukar est un texte d’une grande – peut-être trop – densité. Par quoi peut-on être submergé.e ? Par son environnement évidemment, mais aussi par les souvenirs, au risque de se perdre, et par l’amour.

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Chronique – Visqueuse, Morgane Caussarieu

Je lis assez peu d’horreur, surtout pas de body horror – je suis du genre à agripper les parties de mon anatomie évoquées dans un texte – mais Morgane Caussarieu a bonne presse, et je suis sensible à sa démarche de populariser un genre dans une version francophone. Aussi, la sortie en poche de Visqueuse chez Pocket était l’occasion pour moi de découvrir l’autrice.

Que se passe-t-il quand une créature semblable à une sirène est capturée dans le Doubs de l’Entre-deux-guerres ? L’occasion pour l’autrice de réfléchir à ce qu’est un monstre, pourquoi ils nous fascinent, et de questionner les rapports de domination. Une franche réussite.

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Chronique – Requiem pour les fantômes, Katherine Arden

De Katherine Arden, j’ai déjà lu sa Trilogie d’une nuit d’hiver, devenue depuis une des mes fresques préférées, et dont le premier tome m’avait encouragé à citer son nom dans le Top10 des autrices de SFFF -sujet qui mériterait une V2 en passant. J’avais donc une grande hâte de lire un autre de ses textes, et l’éditeur m’a exaucé, avec un calendrier extrêmement resserré : traduction l’année même de la parution en VO et sortie du format poche moins de deux ans plus tard. Le risque, dans ces cas-là, est de toujours trop attendre.

Mais Katherine Arden a un talent fou – et une capacité de travail certaine – car Requiem pour les fantômes est un autre coup de cœur, et toujours dans une veine qui mêle Histoire et fantastique. Que sont les fantômes de la guerre ? Des territoires et des paysages marqués à jamais, l’ombre des morts et de deuils impossibles, ou l’incarnation des faiblesses de l’Homme ?

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Chronique – Tonnerre après les ruines, Floriane Soulas

Jusqu’à présent, je n’avais lu qu’un seul texte de Floriane Soulas, Les noces de la Renarde (primé en 2022) ; le hasard des lectures a fait que je n’avais pas eu l’occasion d’explorer davantage son travail, en dépit d’un succès qui ne se dément pas. La sortie en poche de Tonnerre après les ruines était pour moi l’occasion de rectifier le tir, même si l’épaisseur du roman et quelques retours parfois mitigés me freinaient un peu.

La surprise a donc été bonne – quasi 700 pages lues en une semaine, c’est plutôt bon signe. Dans ce roman, l’autrice s’interroge : que reste-t-il de l’humanité après une apocalypse qui n’en finit pas ? La nature a repris ses droits sur la culture, mais l’humanité moribonde ne peut se défaire de ses réflexes de domination, alors qu’elle doit se réinventer.

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Chronique – Team Building, Katia Lanero Zamora

La jeune collection de novellas lancée cette année par les éditions ActuSF continue son bonhomme de chemin, et cette fois-ci avec le texte d’une autrice habituée à ce format en la personne de Katia Lanero Zamora, auréolée du prix Julia Verlanger – mérité – pour Re:Start. Au delà de la forme, l’autrice belge prolonge avec acuité la dimension cathartique et s’attaque cette fois-ci au monde de l’entreprise, à l’heure du néolibéralisme époux du web 3.0.

Que se passe-t-il quand le management moderne fait semblant de régler les problèmes qu’il crée lui-même ? Cela donne une séance de jeu qui regroupe une poignée de salariés, contraints de respecter des règles obscures pour atteindre l’objectif ultime.

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Chronique – Mondes de poche, Brenda Peynado

Il y a des coïncidences qui font sourire. Qu’une novella porte le nom de mon blog, dans la prestigieuse collection Une Heure-Lumière de surcroit, en est résolument une. Elle fut également l’occasion pour moi de faire un pas que j’avais jusque-là retenu : faire une demande de service de presse auprès du Bélial. Erwan Perchoc a gentiment accepté et voici donc cette chronique, pour une fois largement en avance sur le reste de la blogosphère (si ça se trouve, je suis même le premier, au moins en temps relatif…)

Mais cessons ces petites références à nos nombrils et parlons de l’essentiel : Mondes de poche de Brenda Peynado – autrice traduite pour la première fois en français – et lauréate du prix Dick 2025 avec ce texte. C’est mérité. J’ai adoré cette (ré)écriture qui part d’un trope bien connu en SF, les univers parallèles, mais avec une narratrice dont le point de vue diffère doublement : celui d’une Dominicaine, et mère en deuil.

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