Chronique – Une histoire d’ours, Eowyn Ivey

Certains éditeurs ont fait le choix de ne pas avoir de collection imaginaire, voire de n’indiquer aucune mention qui pourrait orienter le lectorat. Gallmeister est de ceux-là, alors qu’il n’hésite pas à publier des textes d’auteurs coutumiers du genre, notamment Blake Crouch et ses textes résolument SF ; notons quand-même que Upgrade est estampillé « imaginaire » – ok – et « fantastique » – pas ok (vous pourrez vérifier ici). Quant au te texte qui nous intéresse aujourd’hui, Une histoire d’ours, lui n’a reçu aucun de ces qualificatifs… alors qu’il appartient sans aucun doute possible au genre fantastique. Tant mieux ou tant pis ; j’aurais pu manquer ce bijou, et ça aurait été dommage, mais il a aussi été lu par des personnes qui se cantonnent peut-être habituellement à la littérature blanche.

Une histoire d’ours est un modèle de nature writing, dont les paysages servent d’écrin glacé à une famille toujours sur le fil, jusqu’à la rencontre qui bouleverse encore davantage les normes.

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Chronique – Les Sentiers de Recouvrance, Émilie Querbalec

Il y a des textes qu’on est heureux d’apprécier, et Les sentiers de Recouvrance est de ceux-là. D’Émilie Querbalec, j’avais déjà lu Quitter les Monts d’automne (dont ma chronique est finalement plus positive que le souvenir que j’en ai) et Les Chants de Nüying qui lui m’a vraiment déçu. Dans ces textes, l’autrice réoriente assez brutalement son intrigue quelque part après le milieu, ce qui me frustre car j’ai l’impression de promesses non tenues. Pourtant, j’aime la plume, ses personnages complexes et ses idées SF toujours intéressantes.

Alors, quid de ce roman ? L’autrice y applique à nouveau ce procédé mais dans un texte plus bref, donc avec un changement qui arrive plus tôt, et surtout un fond qui m’a paru adapté à ce twist. Au programme : futur proche inquiétant, deux beaux personnages, et de l’espoir.

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Chronique – Submergée, Arula Ratnakar

La collection RéciFs m’avait globalement habitué à des textes que je qualifierais « d’expérimentaux », avec des ambiances marquées, poétiques ou oniriques. Je ne l’attendais certainement pas du côté de la HardSF, plutôt l’apanage de la collection pionnière et concurrente. Nous restons tout de même dans la ligne éditoriale : une autrice – encore une première traduction en français – et un texte engagé, mais peut-être plus subtilement, et surtout très audacieux.

Car Submergée d’Arula Ratnukar est un texte d’une grande – peut-être trop – densité. Par quoi peut-on être submergé.e ? Par son environnement évidemment, mais aussi par les souvenirs, au risque de se perdre, et par l’amour.

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Chronique – Visqueuse, Morgane Caussarieu

Je lis assez peu d’horreur, surtout pas de body horror – je suis du genre à agripper les parties de mon anatomie évoquées dans un texte – mais Morgane Caussarieu a bonne presse, et je suis sensible à sa démarche de populariser un genre dans une version francophone. Aussi, la sortie en poche de Visqueuse chez Pocket était l’occasion pour moi de découvrir l’autrice.

Que se passe-t-il quand une créature semblable à une sirène est capturée dans le Doubs de l’Entre-deux-guerres ? L’occasion pour l’autrice de réfléchir à ce qu’est un monstre, pourquoi ils nous fascinent, et de questionner les rapports de domination. Une franche réussite.

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Chronique – Requiem pour les fantômes, Katherine Arden

De Katherine Arden, j’ai déjà lu sa Trilogie d’une nuit d’hiver, devenue depuis une des mes fresques préférées, et dont le premier tome m’avait encouragé à citer son nom dans le Top10 des autrices de SFFF -sujet qui mériterait une V2 en passant. J’avais donc une grande hâte de lire un autre de ses textes, et l’éditeur m’a exaucé, avec un calendrier extrêmement resserré : traduction l’année même de la parution en VO et sortie du format poche moins de deux ans plus tard. Le risque, dans ces cas-là, est de toujours trop attendre.

Mais Katherine Arden a un talent fou – et une capacité de travail certaine – car Requiem pour les fantômes est un autre coup de cœur, et toujours dans une veine qui mêle Histoire et fantastique. Que sont les fantômes de la guerre ? Des territoires et des paysages marqués à jamais, l’ombre des morts et de deuils impossibles, ou l’incarnation des faiblesses de l’Homme ?

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Chronique – Tonnerre après les ruines, Floriane Soulas

Jusqu’à présent, je n’avais lu qu’un seul texte de Floriane Soulas, Les noces de la Renarde (primé en 2022) ; le hasard des lectures a fait que je n’avais pas eu l’occasion d’explorer davantage son travail, en dépit d’un succès qui ne se dément pas. La sortie en poche de Tonnerre après les ruines était pour moi l’occasion de rectifier le tir, même si l’épaisseur du roman et quelques retours parfois mitigés me freinaient un peu.

La surprise a donc été bonne – quasi 700 pages lues en une semaine, c’est plutôt bon signe. Dans ce roman, l’autrice s’interroge : que reste-t-il de l’humanité après une apocalypse qui n’en finit pas ? La nature a repris ses droits sur la culture, mais l’humanité moribonde ne peut se défaire de ses réflexes de domination, alors qu’elle doit se réinventer.

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Chronique – Les damnés de l’asphalte, Laurent Whale

En 2019, je lisais puis chroniquais Les étoiles s’en balancent de Laurent Whale, roman d’aventures dans une France d’apocalypse lente. Sept ans plus tard, je vous livre la chronique de la suite, Les damnés de l’asphalte, ce qui représente une double prise de risque : avais-je assez de souvenirs pour comprendre les enjeux et les allusions au tome précédent ? Et est-ce qu’elle tiendrait la comparaison avec un récit qui m’avait emballé à l’époque ?

Qu’apporte donc cette suite ? Le plaisir de retrouver nos personnages, une génération plus tard, bien sûr, mais aussi de voyager à nouveau dans cette Europe malheureusement crédible ; et surtout des réflexions qui m’ont paru plus abouties : quel(s) prix à payer ?

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Chronique – La Pratique, L’Horizon et la Chaîne, Sofia Samatar

Sofia Samatar est une autrice éditée en France par Argyll, et déjà deux fois dans la collection de novellas RéciFs. J’ai reçu La Pratique, l’Horizon et la Chaîne (hop, copié collé du long titre) en SP, ce qui est donc l’occasion pour moi de découvrir cette plume engagée – la marque de fabrique de l’éditeur. J’y allais tout de même un peu à reculons, la quatrième me rappelant L’incivilité des fantômes de Rivers Salomon, texte qui m’avait en partie laissé sur le côté du chemin, et que le terme de « parabole » du rabat n’est pas toujours rassurant pour moi.

Avec La Pratique, l’Horizon et la Chaîne on retrouve bien un texte de SF intégralement dans le huis clos de vaisseaux spatiaux qui aborde la question – et la persistance – de l’esclavage dans toutes ses dimensions, sans négliger la spiritualité et ce qu’elle permet.

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Chronique – Eversion, Alastair Reynolds

Alastair Reynolds s’installe solidement dans la catalogue du Bélial, ce qui n’est pas nécessairement bon signe de mon côté car il m’arrive souvent – de plus en plus, mais pourquoi ? – de ne rien comprendre à certains textes qu’ils éditent ou ont édité. Je gâche le suspense dès à présent : si j’en parle ici, c’est que j’ai beaucoup aimé ; et davantage même puisque cette chronique est dans la page des coups de cœur. Si vous êtes attentif, vous avez déjà remarqué que j’ai mentionné l’éditeur grand format, et que la couverture n’est pas celle de la version poche (sortie en mars 2026 tout de même) car il s’agit de la version que j’ai lue, et qui m’a été gentiment offerte par Océane, taulière du blog Navigatrice de l’imaginaire. Qu’elle en soit remerciée.

Remerciements de courte durée tout de même. Cette chronique est un enfer à rédiger. Je me contenterai donc de partir de la couverture pour poser ainsi l’addition ainsi – oui, c’est par pour rien que je ne comprends pas toujours leurs livres – : bateau + planète + éversion = excellent livre.

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Chronique – À ce qui rouille et qui oublie, Lou Dulac

Commençons par enfoncer quelques portes ouvertes. Non, la SF ça n’est pas « toujours pareil », et encore moins « c’était mieux avant ». Oui, autrices et auteurs sont les fruits de leurs contextes, qu’ils soit social, politique… ou scientifique, et à fortiori pour qui écrit de la SF. Par exemple, Sbires ou Au cœur des méchas témoignent de l’influence – consciente ou non – des subaltern studies qui donnent la parole aux « petites gens ». Donc, même si le texte qui nous intéresse aujourd’hui n’est pas fondamentalement neuf, son approche et sa sensibilité valent le détour.

Avec À ce qui rouille et qui oublie, Lou Doulac s’inscrit quant à elle dans les préoccupations du care et se rattache au courant Solar/hope punk. L’autrice nous propose un univers post-apo où un robot en quête de souvenirs et d’identité (re)donne un sens à l’existence.

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