Chronique – Les Expiateurs, Tade Thompson

J’aime beaucoup Tade Thompson. J’ai adoré sa trilogie Rosewater ainsi que le premier tome de sa trilogie Molly Southborne éditée dans la collection Une Heure-Lumière, comme Les Expiateurs dont je vais vous parler aujourd’hui. L’identité littéraire de l’auteur est composée de quelques éléments forts, qui aboutissent à des textes toujours marquants : du body horror et de la violence, des personnages torturés, une volonté de jouer avec le lecteur, voire de le perdre en même temps que les personnages, jusqu’aux révélations finales. Logiquement, selon votre identité de lecteur ou lectrice, ces éléments peuvent être autant de défauts. Je l’ai déjà dit : j’aime.

Cette novella n’y déroge pas. Une entrée par le polar avec son lot de scènes brutales, un contexte de SF qui surgit et qui s’impose, et des personnages torturés. Du travail d’horloger, un tantinet mécanique.

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Chronique – Une espèce en voie de disparition, Lavie Tidhar

La concurrence éditoriale pour les novellas devient rude : Le Bélial, L’Atalante, Argyll, Passager Clandestin, 1115, Timelapse, ActuSF… et sûrement d’autres maisons que j’oublie, ou dont j’ignore l’existence. Une des conséquences – outre la question de la qualité – est une forme d’errance éditoriale, où un auteur ou une autrice peut se voir publié chez quelqu’un en grand format, puis ailleurs pour ses novellas ou nouvelles, sans évoquer la question du pochiste qui peut suivre. C’est le cas de l’écrivain israélien Lavie Tidhar, dont les textes récents sont sortis chez Mnémos et Pocket… alors qu’Une espèce en voie de disparition déboule dans la prestigieuse collection Une Heure Lumière.

Avec cette novella, l’auteur s’inscrit dans la même problématique soulevée avec Aucune terre n’est promise (je vous invite à lire l’interview de Tidhar sur ActufSF) : l’uchronie par l’angle de la judéité, mais dont la forme hybride le polar des années 40 et la nouvelle à chute.

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Chronique – Upgrade, Blake Crouch

J’ai eu l’occasion d’écouter Blake Crouch aux Utopiales 2025 lors d’une table ronde, puis d’échanger un peu avec lui – même s’il parle très vite – et d’acheter d’autres de ses romans, après avoir dévoré Wayward Pines. L’auteur étatsunien est représentatif d’une génération actuelle d’auteurs outre-atlantiques : des sorties régulières et relativement rapprochées – presque un roman par an – partant d’un élément de SF qui permet ensuite d’écrire un thriller contemporain ou presque, dans une forme que ne renieraient pas les producteurs de blockbusters hollywoodiens.

Avec Upgrade, Blake Crouch imagine un contexte où l’humanité semble toujours plus proche de l’extinction, et où la génétique pourrait être la solution, ou aggraver le problème ? Dans tous les cas, l’agent spécial Ramsey devra faire parler ses poings autant que sa matière grise. Heureusement pour lui, il en a désormais beaucoup.

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Chronique – Dernier meurtre au bout du monde, Stuart Turton

Après Hurlements d’Alma Katsu, le hasard m’entraine de nouveau vers les nouveautés de la maison d’édition 10-18. Mais après le fantastique, place à la SF, et à un auteur bien moins confidentiel puisqu’il s’agit de Stuart Turton et dont les deux précédents romans sont devenus des best seller, atteignant un lectorat bien plus large que celui spécialisé en imaginaire. Fort occupé, j’avais remarqué les couvertures de ces ouvrages sans les acquérir – mais Mme de Poche avait lu, et aimé, Les sept vies d’Evelyn Hardcastle – et voici l’occasion pour moi de me rattraper puis de m’interroger sur ce qui a pu séduire tant de monde. Dans tous les cas, force est de constater que ce succès était attendu, tant les délais de traduction, puis de sortie en poche sont rapprochés pour le livre dont nous parlons ici.

Même s’il ne s’agit pas d’un coup de cœur, je n’ai pas vu passer les pages – bon signe – de Dernier meurtre au bout du monde : texte de SF, aux accents post-apo et surtout dystopiques, mais avant tout un polar à énigmes, et dont les enjeux vont bien au-delà du bout – et de la fin – du monde.

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Chronique – La Troisième griffe de Dieu (Andrea Cort T2), Adam-Troy Castro

J’avais chroniqué La Troisième griffe de Dieu pour Steph (grand format oblige). Sa sortie en poche est pour moi l’occasion rêvée de recopier ma chronique ici et de continuer à vous parler du cycle d’Andrea Cort, désormais intégralement traduit. Cet univers se prolonge désormais (mais sans Andrea) chez Le Bélial, dans la collection Une Heure-Lumière, avec la sortie en mai de La Marche funèbres des Marionnettes, dont je vous parle bientôt.

J’aurais envie de me contenter de reprendre un laconique « vous aimerez si vous avez du goût », d’autant plus qu’écrire un retour sur un tome deux sans spoiler le premier est une gageure. Pourtant, La troisième griffe de Dieu mérite que je prenne une paire d’heures pour vous convaincre qu’Adam-Troy Castro a réussi à écrire une suite encore plus solide — alors que le livre central est souvent le plus faible des cycles — en approfondissant ses personnages et son univers, servis par un thriller huis-clôt haletant.

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Chronique – Emissaires des morts, Adam-Troy Castro

J’avais chroniqué Emissaires des morts pour Anne-Laure (grand format oblige). Depuis, avec quelques mois (années) de recul, je peux affirmer qu’il s’agit d’un des mes ouvrages, et univers, de SF favori. Aussi, la sortie en poche en ce début 2024 est pour moi l’occasion rêvée de recopier ma chronique ici et vous faire découvrir le cycle d’Andrea Cort, désormais intégralement traduit, si vous ne le connaissez pas. Voici ce que j’avais écrit :

Je ne suis pas un lecteur assidu de « nouveautés », notamment en raison d’une préférence pour le format poche. Émissaires des morts faisait partie des nombreux ouvrages que je classais dans la catégorie « à acheter en priorité dès que ça sort en poche » – comme beaucoup de publications AMI, mais c’est une autre histoire – car il correspond totalement au type de SF que j’aime, qu’il est auréolé d’un prix, et surtout a suscité des retours unanimement dithyrambiques sur la blogosphère et autres réseaux sociaux. C’est d’ailleurs sur un réseau social que l’éditeur avait organisé un tirage au sort, en lien avec la sortie du 2e tome, que j’ai eu la chance de gagner. Double coup de chance en réalité : le hasard m’a mis entre les mains un de mes coups de cœur de l’année 2021. C’est donc en retard que je vais ajouter ma voix au concert de louanges méritées : ce livre est habité de personnages complexes, qui évoluent dans un univers cohérent au croisement de plusieurs genres de la SF, servis par de solides intrigues de thriller.

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Chronique – After Atlas, Emma Newman

Il y a un an et demi, je vous parlais d’un coup de cœur, PlanetFall d’Emma Newman, planet opera aux personnages torturés. Sur les réseaux sociaux et dans les commentaires, beaucoup (dont Vert et le Maki) m’ont encouragé à lire la suite en me promettant que ça serait encore meilleur et que l’histoire était indépendante. Je mettais en avant chez Emma Newman une rigueur dans la narration et un talent pour construire ses protagonistes ; les attentes pour After Atlas étaient donc élevées : retrouver une autrice dont la narration et l’univers m’avaient convaincu.

Pour cette suite, Emma Newman retourne sur Terre et change donc de style, en se tournant vers le polar, dans une version procedural. A nouveau un personnage très cabossé, à la fois intégré et marginalisé, dont l’histoire personnelle est intimement liée aux enjeux du premier roman. Et c’est un deuxième coup de cœur.

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Chronique – Enquêtes d’un détective à vapeur, Olav Koulikov, Viat Koulikov

Il y a des chroniques qui sont plus délicates à rédiger que d’autres. Quand une lecture déclenche un oui franc ou un beurk qui ne l’est pas moins, c’est assez facile à écrire : je sais ce que je veux démontrer, et j’assume ma subjectivité. D’autant plus que dans le cas d’un « non », je ne rédige rien car il est inutile de perdre du temps pour blesser potentiellement l’autrice ou l’auteur. Quand l’avis est mitigé, c’est cornélien. Il s’agit de montrer ce que j’ai aimé mais aussi ce qui m’a déçu, en gardant en tête que le négatif a tendance à être davantage retenu, et que parfois une seule ligne nuancée suffit à avoir des retours du type « bon, je le lirai donc pas ». J’ai même parfois l’impression que seuls mes « + et – » de fin de chronique sont lus.

Je prends ces précautions car je suis assez mitigé pour Enquêtes d’un détective à vapeur, mais j’ai passé tout de même un moment agréable ; je pense qu’une partie de ma déception venait de mes attentes, ou des promesses que j’avais perçu : l’univers m’a convaincu, les enquêtes beaucoup moins. Je vous laisse vous faire votre propre avis.

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Chronique – Les ravisseurs quantiques, Roland C. Wagner

Reprise de la lecture après ma pause : un tome des Futurs mystères de Paris me paraissait totalement adapté. Du court et du fun donc mais pas neuneu pour autant. Cette fois, il s’agit du deuxième tome, à savoir Les Ravisseurs quantiques (la chronique du premier est toujours accessible ici), totalement indépendant même si le narrateur se remémore quelques éléments de sa précédente enquête. Si celle-ci était un meurtre en chambre close, à l’ambiance relativement légère, il s’agit cette fois d’une affaire de kidnapping sur fond d’uchronie, ou nous en apprenons un petit peu plus sur l’univers inventé par Roland C. Wagner, et plus particulièrement sur la Pyschosphère.

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Chronique – La balle du néant, Roland C. Wagner

Zoé, taulière de Zoé prend la plume, a récemment publié un billet portant sur le thème délicat, voire polémique, de la surproduction livresque. Billet que je ne peux que vous inviter à lire ainsi que les débats et échanges qui s’en sont suivis dans les commentaires. Personnellement, je m’y retrouve en partie – et c’est pire que depuis que j’ai ouvert Mondes de poche -, notamment dans cette angoisse de ne pas pouvoir tout lire. Et encore, j’ai de la chance : me limiter au format de poche réduit l’offre qui m’intéresse et l’effet nouveauté est largement estompé par l’aspect deuxième sortie, après l’inédit en grand format. Quand j’ai répondu à Zoé, j’ai surtout constaté que je m’interdis quasiment de relire, même si cela me fait assez rarement envie. Pourtant, certaines autrices et certains auteurs le méritent, et j’aurais envie de partager mes coups de cœur plus anciens, et les livres qui m’ont construits comme lecteur.

Aussi, j’ai triché en relisant La balle du néant, premier tome des Futurs mystères de Paris de Roland C. Wagner ; triche car je profite de la réédition toute récente chez l’Atalante. Ma chronique sera un peu particulière car je vais tenter de comparer mes impressions entre ma première lecture et cette relecture, ce qui ne sera pas facile en raison de mon côté poisson rouge. Presque 15 ans séparent mes lectures de La balle du néant, un polar classique et parodique, surtout très wagnérien.

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