L’horreur de Kill Creek, Scott Thomas

Si vous suivez le blog depuis quelques temps, vous n’êtes pas sans savoir que j’ai rejoint le Book Club imaginaire de la librairie Goulard, à Aix en Provence. L’ambiance y est très sympa et j’ai donc décidé de rempiler cette année : c’est toujours agréable d’échanger avec des lectrices et des lecteurs qui ne lisent pas que de l’imaginaire, de lire des ouvrages que je n’aurais pas nécessairement choisis, puis d’échanger autour.

Et en effet, je ne serais pas allé spontanément vers L’horreur de Kill Creek de Scott Thomas, étant un peu en délicatesse avec ce que propose Bragelonne en général, et surtout car j’ai tendance à penser que le sujet de la maison hantée est déjà clos. Et pourtant, avec ce premier roman, Scott Thomas frappe fort. Qu’est-ce qu’une maison hantée ? Il y a bien sûr le bâtiment et son passé, mais aussi les habitants qui se sont succédés, et ceux qui en racontent l’histoire.

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Chronique – Mange-Mémoire, Lucile Poulain

Sur le segment des novellas – et nouvelles – il y a un éditeur qui à mon sens n’est pas assez souvent mis en avant, voire simplement cité, alors que ses textes rencontrent en général de beaux succès d’estime : les éditions 1115. « Agence de voyages littéraires » ! Rien que cette phrase présente sur leurs titres mérite qu’on s’y attarde. Justement, Mange-Mémoire de Lucile Poulain est un superbe voyage, une plume et un univers que j’ai adoré explorer, et que j’espère parcourir à nouveau !

En une courte novella, l’autrice arrive à dessiner un univers intéressant, à raconter une histoire complète et ample, tout en posant des questions sur la mémoire. Bravo, et coup de cœur !

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La cité de soie et d’acier, Mike, Linda et Louise Carey

J’aime mes comparses de la blogosphère. En effet, j’ai été à deux doigts de faire l’impasse sur ce texte que j’imaginais être un recueil de nouvelles – ce qu’il est un peu, on y reviendra – même si j’avais croisé de très nombreux retours enthousiastes lors de la sortie en grand format. Heureusement, Steph et Vincent m’ont détrompé. Aucun regret pour la lecture de ce roman écrit à trois mains, en famille, d’une très grande densité et à la mise en page particulièrement serrée dans cette version Neptune.

La cité de soie et d’acier est un texte parfaitement maitrisé. Le clan Carey s’approprie les codes des 1001 nuits pour mieux faire la critique du monde contemporain en racontant de belles trajectoires collectives et individuelles.

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Chronique – Une histoire d’ours, Eowyn Ivey

Certains éditeurs ont fait le choix de ne pas avoir de collection imaginaire, voire de n’indiquer aucune mention qui pourrait orienter le lectorat. Gallmeister est de ceux-là, alors qu’il n’hésite pas à publier des textes d’auteurs coutumiers du genre, notamment Blake Crouch et ses textes résolument SF ; notons quand-même que Upgrade est estampillé « imaginaire » – ok – et « fantastique » – pas ok (vous pourrez vérifier ici). Quant au te texte qui nous intéresse aujourd’hui, Une histoire d’ours, lui n’a reçu aucun de ces qualificatifs… alors qu’il appartient sans aucun doute possible au genre fantastique. Tant mieux ou tant pis ; j’aurais pu manquer ce bijou, et ça aurait été dommage, mais il a aussi été lu par des personnes qui se cantonnent peut-être habituellement à la littérature blanche.

Une histoire d’ours est un modèle de nature writing, dont les paysages servent d’écrin glacé à une famille toujours sur le fil, jusqu’à la rencontre qui bouleverse encore davantage les normes.

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Chronique – Les Expiateurs, Tade Thompson

J’aime beaucoup Tade Thompson. J’ai adoré sa trilogie Rosewater ainsi que le premier tome de sa trilogie Molly Southborne éditée dans la collection Une Heure-Lumière, comme Les Expiateurs dont je vais vous parler aujourd’hui. L’identité littéraire de l’auteur est composée de quelques éléments forts, qui aboutissent à des textes toujours marquants : du body horror et de la violence, des personnages torturés, une volonté de jouer avec le lecteur, voire de le perdre en même temps que les personnages, jusqu’aux révélations finales. Logiquement, selon votre identité de lecteur ou lectrice, ces éléments peuvent être autant de défauts. Je l’ai déjà dit : j’aime.

Cette novella n’y déroge pas. Une entrée par le polar avec son lot de scènes brutales, un contexte de SF qui surgit et qui s’impose, et des personnages torturés. Du travail d’horloger, un tantinet mécanique.

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Lavinia, Ursula K. Le Guin

On ne présente plus Ursula K. Le Guin, qui serait peut-être le seul nom d’autrice cité par les tenants de « la SF, c’était mieux avant ». On présente peu Virgile, évoqué pêle-mêle en cours de latin ou d’histoire lors d’une leçon sur la fondation mythique de Rome et le projet augustéen. Il est par contre nécessaire – pardonnez moi de généraliser en réalité ma propre expérience – de présenter Lavinia, l’épouse d’Enée, héros troyen et personnage principal de l’Enéide de l’auteur mentionné plus haut. Ainsi, un peu avant que l’exercice ne perde en originalité, l’autrice étatsunienne décidait de réécrire, ou du moins de compléter, un des textes fondateurs de l’Antiquité, inspiré lui-même de l’Odyssée, excusez du peu.

Pourquoi cette prise de risque, qui pourrait même flirter avec la prétention ? Pour réparer une injustice, mais aussi pour réfléchir au statut de l’auteur ou de l’autrice ainsi que la relation avec leurs personnages, et pour prolonger (conclure ?) le grand œuvre de Le guin. Une réussite.

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La Planète des toudous, John Scalzi

Cette année, j’ai participé au Book Club imaginaire organisé par la librairie Goulard à Aix-en-Provence. L’ambiance y est très sympa, avec des lecteurs et lectrices dont l’objectif était de découvrir les genre littéraires qui nous intéressent particulièrement. Bien sûr, j’ai milité pour une dose de SF, même si je sais qu’il s’agit du genre qui effraie le plus… La sortie en poche – enfin ! – de La Planète des toudous de John Scalzi dans la collection Neptune. Je l’avais déjà lu en grand format, alors sous la nom de La controverse de Zara XXIII, et l’ai relu avec énormément de plaisir. L’occasion pour moi d’exhumer la courte chronique rédigée alors sur Facebook, en juin 2020.

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Chronique – Visqueuse, Morgane Caussarieu

Je lis assez peu d’horreur, surtout pas de body horror – je suis du genre à agripper les parties de mon anatomie évoquées dans un texte – mais Morgane Caussarieu a bonne presse, et je suis sensible à sa démarche de populariser un genre dans une version francophone. Aussi, la sortie en poche de Visqueuse chez Pocket était l’occasion pour moi de découvrir l’autrice.

Que se passe-t-il quand une créature semblable à une sirène est capturée dans le Doubs de l’Entre-deux-guerres ? L’occasion pour l’autrice de réfléchir à ce qu’est un monstre, pourquoi ils nous fascinent, et de questionner les rapports de domination. Une franche réussite.

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Chronique – Requiem pour les fantômes, Katherine Arden

De Katherine Arden, j’ai déjà lu sa Trilogie d’une nuit d’hiver, devenue depuis une des mes fresques préférées, et dont le premier tome m’avait encouragé à citer son nom dans le Top10 des autrices de SFFF -sujet qui mériterait une V2 en passant. J’avais donc une grande hâte de lire un autre de ses textes, et l’éditeur m’a exaucé, avec un calendrier extrêmement resserré : traduction l’année même de la parution en VO et sortie du format poche moins de deux ans plus tard. Le risque, dans ces cas-là, est de toujours trop attendre.

Mais Katherine Arden a un talent fou – et une capacité de travail certaine – car Requiem pour les fantômes est un autre coup de cœur, et toujours dans une veine qui mêle Histoire et fantastique. Que sont les fantômes de la guerre ? Des territoires et des paysages marqués à jamais, l’ombre des morts et de deuils impossibles, ou l’incarnation des faiblesses de l’Homme ?

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Chronique – Team Building, Katia Lanero Zamora

La jeune collection de novellas lancée cette année par les éditions ActuSF continue son bonhomme de chemin, et cette fois-ci avec le texte d’une autrice habituée à ce format en la personne de Katia Lanero Zamora, auréolée du prix Julia Verlanger – mérité – pour Re:Start. Au delà de la forme, l’autrice belge prolonge avec acuité la dimension cathartique et s’attaque cette fois-ci au monde de l’entreprise, à l’heure du néolibéralisme époux du web 3.0.

Que se passe-t-il quand le management moderne fait semblant de régler les problèmes qu’il crée lui-même ? Cela donne une séance de jeu qui regroupe une poignée de salariés, contraints de respecter des règles obscures pour atteindre l’objectif ultime.

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