Chronique – Cristal qui songe, Theodore Sturgeon

Cristal qui songe de Theodore Sturgeon

J’aime de plus en plus les challenges car ils me permettent de lire des bouquins auxquels je ne me serais probablement jamais intéressé (par contre, concernant l’objectif de diminution de la PAL, c’est un échec désastreux). Dans le cas présent, je devais lire un livre avec un jouet sur la couverture… et c’est en faisant une séance de namedropping sur Facebook que Cristal qui songe m’a été conseillé. Ma première rencontre avec Théodore Sturgeon remonte à la fin des années 90 avec la lecture des Plus qu’humains qui m’a laissé le souvenir mitigé d’un bouquin compliqué, suffisamment en tout cas pour ne plus m’intéressé à l’auteur américain. Cependant, j’ai constaté que Cristal qui songe bénéficie d’une excellente réputation, chez des lecteurs et lectrices aux goûts pourtant différents. Je souscris totalement à ces louanges : c’est un roman qui a extrêmement bien vieilli, d’une grande maitrise dans sa construction et qui fait la part belle à l’humanisme.

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Chronique – Thecel, Léo Henry

Thecel de Léo Henry

Thecel est un livre qui était déjà dans ma wish list depuis sa sortie car j’essaie de découvrir de nouvelles plumes francophones, même si j’ai une prédilection pour la SF. Sa démarche formelle, nommée « trilogie du mauvais genre », dont il parle sur ActuSF, m’intriguait beaucoup. Comme de nombreux écrivains français, il a affuté sa plume sur la meule du jeu de rôle, y compris comme auteur. D’ailleurs, je me demandais si Thecel allait s’affranchir des clichés habituels véhiculés par le jeu de rôle médiéval fantastique (spoil : oui). Depuis peu, Léo Henry a également été sous le feu des projecteurs après les Imaginales 2021, pour son soutien aux victimes d’agressions sexistes et sexuelles dans le milieu de l’édition, ainsi que pour le prix du roman francophone 2021 obtenu lors de cet évènement. Evidemment, certains y verront une relation de cause à effet, et crieront au danger du wokisme qui s’empare du milieu de l’édition. Qu’ils soient rassurés, l’écrasante majorité de ce qui est imprimé reste peuplé d’hommes blancs, puissants et hétérosexuels. En attendant, Léo Henry écrit des personnages loin de ces standards, qui évoluent dans un monde de conte, mais un récit dont la forme ne m’a pas totalement convaincu.

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Chronique – Rêves de gloire, Roland C. Wagner

Rêves de gloire de Roland C. Wagner

Après Michel Pagel, je reste dans le thème de l’uchronie, française et originale, pour un autre auteur majeur, le regretté Roland C. Wagner. Je ne vous conseillerai jamais assez de lire ses Futurs mystères de Paris, qui sont de petits bijoux de drôlerie et d’hommage au genre hard boiled, avec son détective Temple de l’Aube radieuse qui est un de mes personnages de fiction favoris. Ici, je vous parlerai de Rêves de gloire, qui est probablement un des livres les plus exigeants qu’il m’ait été donné de lire et qui est considéré comme son chef d’œuvre. Ce retour date initialement d’octobre 2019 et a été publié sur Facebook.

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Chronique – Orages en terre de France, Michel Pagel

Orages en terre de France de Michel Pagel

Il y a des auteurs qui paraissent injustement méconnus, qui sont peu conseillés ou mentionnés, alors que le lectorat – du moins celui qui a bon goût – reconnait leur qualité. Michel Pagel est de ceux-là. Que cela soit dans Le roi d’août, où il extrapole avec gourmandise la célèbre nuit de noces de Philippe Auguste, ou Le club, dans lequel il imagine les membres du Club des cinq 30 ans après leur dernière enquête, il prouve sa capacité à traiter un sujet en profondeur et à le maitriser totalement, au service du récit d’imaginaire. De surcroit, il écrit très bien, avec un style (ou « des », car il s’adapte) travaillé et efficace, fruit d’une longue expérience de traducteur. En effet, vous avez probablement lu du Pagel dans le savoir. Orages en terre de France est un texte, ou précisément un recueil de quatre nouvelles qui multiplie les points de vue, auquel je ne pouvais pas résister car je suis friand d’uchronie, car il est original par son contexte – il ne raconte pas une énième victoire du IIIe Reich… – et son angle d’attaque, ici en s’intéressant au « commun des mortels ». Dans cette Guerre de cent ans qui en dure mille, Michel Pagel interroge les notions de patriotisme, de courage tout en critiquant de manière (très) acerbe le pouvoir, surtout religieux.

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Chronique – Le regard, Ken Liu

Le regard de Ken Liu

Pour ce samedi nécromancie, je ressuscite un retour initialement publié sur Facebook en février 2021. Il s’agissait de ma troisième lecture de l’auteur, après l’Homme qui mit fin à l’histoire et La ménagerie de papier.

Je suis très chiant quant à la longueur des livres. Je n’aime pas le trop court, ni le trop long. La collection Une heure Lumière au Bélial a pourtant réussi l’exploit, entre autres choses, de me faire adhérer au format « novella » et propose encore un très bon récit, qui s’insère parfaitement dans la ligne éditoriale.

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Chronique – La cité de l’orque, Sam J. Miller

La cité de l’orque de Sam J. Miller

L’exercice de la critique n’est pas aisé, même (ou surtout ?), au niveau du blogueur débutant, quand une lecture laisse un arrière-goût décevant comme c’est le cas ici. Ma première rencontre avec Sam J. Miller est toute récente puisqu’elle date du Bifrost n°103 où l’on trouve la traduction de sa nouvelle 57 raisons qui expliquent les suicides de la carrière d’ardoise qui m’a fait forte impression par son ambiance, sa justesse et sa concision. La sortie en poche de La cité de l’orque était donc l’opportunité de transformer l’essai, d’autant plus que le thème post-apo, teinté de cyberpunk, environnemental et engagé avait tout pour me plaire. Une partie de mes attentes ont été satisfaites, notamment concernant l’univers que l’auteur extrapole et les personnages intéressants qui le peuplent mais j’y ai aussi trouvé beaucoup de déséquilibres entre « trop » et « pas assez ».

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Chronique – Les employés, Olga Ravn

Les employés d’Olga Ravn

Mondes de poche n’a que quelques semaines, et pour la première fois – sûrement pas la dernière – je me maudis de l’avoir ouvert en m’imposant de chroniquer tout ce que je lis, même si j’ai déjà quelques ouvrages en attente de retours qui s’empilent sagement. Concernant Les employés, la difficulté tient essentiellement au livre lui-même, qui est une véritable expérimentation littéraire. Car si la quatrième de couverture évoque une sorte de polar spatial en huis-clos un peu décalé, l’autrice danoise propose bien davantage, et écrit surtout un texte qu’il sera difficile de classer en j’aime/j’aime pas, tant il relève d’une forme d’art contemporain et flirte avec le Nouveau roman. Dans tous les cas, le terme d’OVNI littéraire, n’est pas usurpé. Par son décor qui n’est pas qu’un simple gigantesque vaisseau spatial, par les thèmes qui sondent – oserais-je le mot « analysent » ? – la psyché humaine et par sa forme, à la fois pertinente et déconcertante.

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Chronique – Les étoiles sont légion, Kameron Hurley

Les étoiles sont légion de Kameron Hurley

Parfois, on achète un livre sans de poser de questions, voire en se trompant, ce qui peut donner de belles surprises. Concernant Les étoiles sont légion, la quatrième de couverture me faisait penser à Alien ou Starcraft, mais du point de vue des « xénomorphes », pour reprendre le terme consacré. J’envisageais donc plutôt du space opera, avec sa dose d’action, et dont l’originalité tiendrait surtout dans le changement de camp. Ajoutons un biais supplémentaire : le prénom Kameron me laissait penser qu’il s’agissait d’un auteur. Erreur sur toute la ligne, mais bilan positif. Pourtant, la sortie initiale chez Albin Michel imaginaire aurait dû me mettre la puce à l’oreille car leur ligne éditoriale va un peu plus loin que le roman de SF simplement divertissant. L’autrice écrit bel et bien un roman de SF organique, mais presque anthropomorphe, qui relève peut-être davantage du planet opera que du space opera, et surtout peuplé uniquement de personnages féminins.

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Chronique – Danse avec les lutins, Catherine Dufour

Danse avec les lutins de Catherine Dufour

J’ai découvert Catherine Dufour avec la première édition poche de la dystopie Le goût de l’immortalité que je considère depuis comme le meilleur livre de la science-fiction française, rien que ça. Dans un autre genre, celui du fantastique, j’ai été séduit par Entends la nuit, qui prend le contre-pied des récits toxiques BitLit & co. Depuis, elle a clamé son amour à Sir Pratchett sur France Inter (madame squatte beaucoup la radio !), où j’ai appris qu’elle écrivait aussi de la Fantasy, dans un registre satirico-parodique – ou parodiquo-satirique, je suis pas sectaire. La sortie de Danse avec les lutins au Livre de poche était l’occasion de découvrir une nouvelle facette de l’autrice, même si je l’attendais au tournant, m’inquiétant d’un éventuel plagiat. Je lui présente ici mes plus plates excuses pour ce procès d’intention : l’autrice nous livre une fresque de Fantasy drôle et engagée, servie par une plume poétique et acérée. Un coup de cœur.

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Chronique – Continent perdu, Norman Spinrad

Continent perdu de Norman Spinrad

J’essaie de résister à la tentation dite de « l’achat spontané qui fait perdre la maîtrise de la PAL » mais j’ai autant de volonté qu’un demi parpaing. Aussi, lors d’un passage dans ma librairie favorite, la découverte d’une maison d’édition que je ne connaissais pas, en poche de surcroît, à la ligne éditoriale engagée a sapé le peu de résistance que j’avais. J’ai choisi Continent perdu en croyant lire mon premier Spinrad mais, en fouillant un peu, j’ai réalisé que Bleue comme une orange, lu à sa sortie chez J’ai lu, était de lui. L’orientation est la même : que se passera-t-il une fois que nous aurons pris le mur ? Dans Continent perdu, en imaginant une géopolitique post-apo où les Etats-Unis sont désormais à la remorque d’autres civilisations, l’auteur signe un texte visionnaire – il date de 1970 – et percutant. C’est un coup de cœur.

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