Chronique – Je suis fille de rage, Jean-Laurent Del Socorro

Après avoir adoré Royaume de vent et de colères, je n’avais pas pu résister à la superbe édition collector de Je suis fille de rage de Jean-Laurent Del Socorro (j’ai depuis lu, et autant apprécié, Boudicca). L’auteur français est devenu spécialiste de romans qui s’inscrivent dans des contextes historiques, auxquels il ajoute une dote plus ou moins grande de fantastique. Sa plume est toujours agréable et il ne tombe jamais dans le piège du manichéisme, sans oublier de faire preuve d’une belle et subtile inclusivité. Je profite donc de la sortie poche de Je suis fille de rage pour exhumer cette chronique, publiée initialement sur Facebook en janvier 2020.

Je suis fille de rage se déroule tout au long de la Guerre de Sécession. C’est un roman choral qui entrecroise les destins dans un vaste panorama de ce que l’on peut imaginer. Les deux camps, nord et sud, alternent ; les généraux et les simples soldats ; des civils de tout type ; blancs et noirs ; et pour terminer Lincoln et l’élément fantastique du livre, à savoir la mort représentée comme un officier tout de blanc vêtu. Cette dernière s’entretient avec le président, compte les morts et joue un rôle de « conscience » en le mettant face aux conséquences de ses décisions. Le roman déroule donc la guerre avec des intrigues propres à la guerre et à chaque personnage. L’auteur accomplit un tour de force. Il n’est jamais manichéen et expose les motivations de chaque protagoniste. Bien sûr, on aura davantage de sympathie pour les abolitionnistes convaincus et aucune pour les sudistes aux thèses les plus nauséabondes. Mais dans tous les cas l’horreur de la guerre nous est montrée.

A ce sujet, la documentation utilisée est touffue et en accord complet avec l’historiographie. On voit dans cette guerre les prémisses de la Première Guerre mondiale. L’auteur intègre d’ailleurs des sources premières puisqu’il ouvre ou compose des chapitres à partir de correspondances réelles de l’époque, notamment des officiers, ou des unes de journaux. Le tout est présenté de manière didactique avec une mise en page claire expliquant sur quel front l’action se déroule, à quel moment et à quel camp appartient le narrateur [ce qui a été conservé dans ce passage en poche].

Une excellente lecture, riche de tout ce qui fait un grand livre. Une construction rigoureuse, un sens des descriptions, du rythme, une galerie vivante de personnages qui nous fait passer par toutes les émotions, et une belle plume.

Vous aimerez si vous aimez les jolies écritures, l’histoire et aller un peu plus loin qu’une simple suite distrayante de péripéties.

Les +

  • L’écriture
  • La touche subtile de fantastique
  • La rigueur, notamment historique

Les –

  • Aucun, c’est parfait !

Résumé éditeur

1861 : la guerre de Sécession commence. À la Maison Blanche, un huis clos oppose Abraham Lincoln à la Mort elle-même. Le président doit mettre un terme au conflit au plus vite, mais aussi à l’esclavage, car la Faucheuse tient le compte de chaque mort qui tombe. Militaires, affranchis, forceurs de blocus, politiciens, comédiens, poètes… Traversez cette épopée pour la liberté aux côtés de ceux qui la vivent, comme autant de portraits de cette Amérique déchirée par la guerre civile.

Je suis fille de rage de Jean-Laurent Del Socorro aux éditions Helios (2022, première édition française chez ActuSF en 2019)

9 commentaires sur “Chronique – Je suis fille de rage, Jean-Laurent Del Socorro

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  1. Pour ma part, même si je reconnais les qualités d’écriture du titre, je suis un peu passée à côté. Je n’ai pas retrouvé la verve et le piquant de Royaume de vent et de colère, ici c’était beaucoup plus sombre et plombant et j’ai eu un peu de mal.

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  2. Ce fut une excellente lecture pour moi aussi. Sur le coup, j’avais regretté que le fantastique ne soit pas plus présent, parce que j’avais lu le roman dans le cadre d’un prix de l’imaginaire, mais avec du recul, je trouve que l’auteur a su doser cet apport avec brio.

    Aimé par 1 personne

  3. j’ai bcp aimé Royaume de vents et de colère, et Du roi je serai l’assassin. Moins emballée par Boudicca, malgré tout je n’ai pas encore lu celui-ci et je dois y remédier !
    J’aime bcp cet auteur.

    Aimé par 1 personne

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