Chronique – Braises de guerre, Gareth L. Powell

Braises de guerre partait avec un à priori positif pour deux raisons ; c’est un Space Opera – mon genre de SF favori – et c’est une trilogie intégralement traduite en français (le deuxième tome, L’Armada de Marbre est sorti il y a quelques semaines en même temps que L’éclat d’étoiles impossibles, le dernier). De surcroit, la quatrième de couverture affiche l’opinion d’Adrian Tchaikovsky : « Un space opera solide et exaltant, plein d’imagination et de vie », rien que ça. La barre est haute, surtout venant d’un auteur qui a écrit des textes de SF réellement remarquables.

J’aurais peut-être quelques réserves sur le « solide » – Braises de guerre n’étant pas avare de Deus Ex Machina et demande une certaine suspension d’incrédulité – mais en effet c’est un Space opera qui propose une approche intéressante de la guerre et de ses acteurs, avec une dose importante de Sense of wonder.

Participation au Summer SW !

Comme le titre l’indique, Braises de guerre se déroule juste après un conflit ; et pas des moindres, puisqu’il s’est conclu par l’éradication de toute vie à la surface d’une planète pour précipiter la fin dudit conflit. Le roman noue donc avec une tradition du Space Opera depuis Star Wars notamment – si SW est réellement du Space Opera – avec des vaisseaux suffisamment puissants, pour détruire presque totalement une planète. L’univers proposé par Gareth L. Powell est également relativement classique, avec un univers bipolaire – pour les humains – où le Conglomérat s’oppose aux Extérieurs. Mais éradiquer tout vie sur une planète met-il un terme définitif à la guerre ? Le titre donne déjà un premier indice : les braises peuvent s’éteindre, à condition de vouloir éteindre tous les points chauds, ou peuvent être la source d’un nouvel incendie, et peut-être de plus grande ampleur. Attention toutefois, Braises de guerre n’est pas à proprement parler un roman de SF militaire, car les évènement qu’il raconte ne mettent pas des soldats en scène. Pas tout à fait.

« J’ai été créée pour annihiler. Avant d’être déclassée, j’étais pourvue d’un arsenal capable de vouer des mondes à la ruine et d’incinérer des armadas hostiles. Quand, plus tard, j’ai développé une conscience et je suis devenue une nef de la Maison de la Récupération, on m’a permis de conserver un éventail d’armes défensives – leurres antimissiles, brouilleurs électroniques, canons de défense rapprochés -, mais l’impossibilité de tuer, d’infliger des dégâts terribles et décisifs me démangeait comme un membre coupé. »

La structure du roman est celle d’un récit choral, ce qui permet de présenter les différentes factions et leurs points de vue, par l’usage de la première personne, en évitant une trop longue exposition. Les personnages sont tous, à leur manière, des héritiers ou acteurs de la guerre. Ils sont assez classiques, avec notamment la figure du vétéran ; cependant l’un d’eux n’est rien de moins qu’un vaisseau, Le chien à problèmes, doté d’une IA dont le navire serait le corps, il illustre le soldat nostalgique du conflit et de l’adrénaline qu’il procure alors que Sally, son capitaine, incarne le traumatisme et la volonté de rédemption (l’organisation à laquelle est appartient désormais, sorte d’ONG humanitaire cosmique, est une idée très intéressante). L’équipage du Chien, très réduit, accueille également un alien à six membres, mécanicien extrêmement talentueux – il sauve le Chien à plusieurs reprises, sans que ce dernier ne s’en rende compte – et pratiquant d’une religion plus perspicace qu’il n’y parait ; les chapitres qui narrent son point de vue sont vraiment réussis. Il faut avancer dans l’ouvrage pour que les personnages commencent à se rapprocher puis à se rencontrer, voire entrent en conflit. Comme souvent dans un récit choral, certaines rencontres reposent sur des coïncidences qui manquent un peu de subtilité, les lieux et timings étant bien trop concordants pour être réalistes, mais correspond à un choix de Gareth L. Powell de proposer un esprit cinématographique ou de série – plutôt version blockbuster – et de n’avoir aucun temps mort.

« De là-haut, la planète ressemblait à un joyau sur le velours de l’espace, son unique continent tel un vif éclat émeraude dans un océan céruléen étincelant.
Après la frappe, tout cela avait disparu. Des nuages de fumée et de cendre masquaient la surface, transformant la gemme scintillante en un œil chassieux recouvert de cataracte, et nous regardâmes la scène avec horreur depuis notre poste d’observation, plus bouleversés par la profanation que par la lente prise de conscience que nous avions perdu la guerre. »

Car Braises de guerre, en plus d’aborder la question de l’après guerre, est surtout un roman d’action et d’aventures, qui n’hésite pas à proposer des dimensions vertigineuses. Dès les premières pages, il dévoile d’existence d’un système, nommé La Galerie, dont les planètes auraient été entièrement sculptées par des aliens il y a plusieurs milliers d’années. Evidemment, elles recèlent un secret important découvert par un des personnages (ce n’est pas du spoil, cela se voit venir à des années lumières). Cela demande d’ailleurs une petite suspension d’incrédulité car on peut légitimement se demander pour cela n’avait été découvert plus tôt, tant c’est gros, surtout avec la remise en perspective d’un univers de SF aux moyens technologiques avancés. La technologie est d’ailleurs assez peu mise en avant – ce n’est pas un roman de hard SF, ni même désireux de tout rationnaliser -, par exemple le Chien explique que le voyage stellaire se fait en pénétrant d’autres plans ou dimensions et d’y voyager, pour aller ainsi nettement plus vite que la lumière.

Braises de guerre est donc un roman de Space Opera qui ravira celles et ceux qui sont en quête de grand spectacle et de rythme, avec un aspect scientifique qui se fait très discret, mais sans oublier d’aborder des thématiques intéressantes, ici l’après-guerre. Il fera aussi une porte d’entrée très recommandable pour qui veut découvrir ce genre de la SF.

Vous aimerez si vous aimez le Space opera d’action et d’aventure.

Les +

  • Un titre qui sonne bien !
  • Un contexte d’après guerre intéressant.
  • L’idée de la « Maison de la récupération »

Les –

  • De grosses ficelles tout de même

Braises de guerre sur la blogosphère : Le Nocher a apprécié cette SF d’action, Feyd l’avait lu en VO et salue un roman divertissant.

Résumé éditeur

Après la guerre, la bataille pour la paix commence…
Le Chien à Problèmes est un croiseur lourd, construit pour semer la violence. Doué de conscience, c’est aussi une adolescente dégoûtée par le rôle qu’elle a joué dans le génocide d’une planète entière.
Le Chien, reconverti dans le sauvetage des naufragés spatiaux, et sa capitaine, Sal Konstanz, reçoivent l’ordre de venir en aide aux éventuels survivants d’un paquebot en perdition au cœur d’un système contesté. De l’épave émerge une poétesse dissimulée sous une fausse identité pour échapper à l’horreur de la guerre, Ona Sudak. À quelques années-lumière de là, Ashton Childe, un agent des services secrets mis au placard, fait équipe avec un membre d’une faction adverse pour partir à la recherche de la rescapée.
Tous risquent de se retrouver, bien malgré eux, au cœur d’un conflit qui menace d’embraser à nouveau toute la galaxie.

Braises de guerre de Gareth L. Powell, traduction de Mathieu Prioux, couverture d’Alain Brion, aux éditions Folio SF (2021, première édition VF en 2019 chez Denoël, parution VO en 2018), 480 pages.

3 commentaires sur “Chronique – Braises de guerre, Gareth L. Powell

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