Chronique – La main gauche de la nuit, Ursula K. Le Guin

Je ne pouvais décemment pas consacrer une semaine du blog à la SF des années 60 sans évoquer Ursula K. Le Guin, d’autant plus que l’index n’avait pas encore d’entrée à son nom. Même si le propos ou le rythme sont parfois un peu vieillot, et que l’autrice a comme tout le monde des biais d’écriture, on ne peut que constater à quel point ses écrits étaient résolument modernes, précurseurs même, pour l’époque. L’autrice est depuis régulièrement rééditée et ce titre a même été récemment révisé, et doté au passage d’une superbe édition collector.

Voici donc un retour publié initialement sur Facebook le 14 août 2020.

Entre deux lectures plus récentes, j’intercale des livres de cette auteure découverte sur le tard, que je trouve toujours excellents. Là, il s’agit d’un de ses chefs d’œuvre, la barre était donc haute, mais je n’ai pas été déçu.

Le livre appartient au cycle de Hain (ou Ekumen) et en est le tome 4. Mais il n’est pas nécessaire d’avoir lu les précédents, l’histoire est totalement indépendante. Quand on connait un peu l’auteure, l’accroche de l’histoire est assez classique : un « extraterrestre » se retrouve confronté à une civilisation différente. Dans ce cas, il s’agit d’un ambassadeur de l’Ekumen, nommé Genly, chargé de rencontrer les autorités et d’entamer le processus d’intégration à cette « fédération » qu’est l’Ekumen. La planète où il est envoyé est Gethen, monde glacé, dont les habitants sont androgynes (et sans libido) l’essentiel du temps. Il deviennent mâle ou femelle une courte période temps pour une saison des amours (mais qui n’est pas simultanée à l’ensemble des habitants).

L’auteure est anthropologue, et comme toujours cela se sent dans l’intelligence et la nuance du propos. Genly, c’est nous. L’Ekumen est suffisamment vaste et vague pour que l’on s’identifie sans difficultés. Le récit à la première personne accentue encore l’identification. Genly est exotique mais ressemble suffisamment à la Terre pour que l’on s’interroge. Que pourrait donner une société non genrée, loin des tensions générées par les pulsions sexuelles, la volonté de montrer sa virilité ? L’auteure donne quelques éléments de réponse avec des sociétés qui ne connaissent pas la guerre à grande échelle mais capable tout de même de violence, d’ambition… Le récit passe par plusieurs phases, qui sont autant d’angles de réflexion : différents territoires avec leurs variations politiques, sociales et culturelles ; évolution du personnage « principal » et sa situation… Le tout avec un sens de la narration qui fait qu’on a du mal à lâcher, au fur et à mesure de la progression du récit. Un classique de la SF.

Vous aimerez si vous aimez la SF qui fait réfléchir, ici sur les questions de genre, dans un récit nuancé et intelligent.

Vous n’aimerez pas si ces thématiques heurtent votre sensibilité de mascu ou que vous croyez qu’une fille est génétiquement bavarde…

Les +

  • Le réalisme de Gethen
  • Le personnage d’Estraven
  • Intelligent : on peut tout dire en 350 pages…

Les –

  • Un peu ardu au début

Résumé éditeur

Sur Gethen, la planète glacée que les premiers hommes ont baptisée Hiver, il n’y a ni hommes ni femmes, seulement des êtres humains. Des androgynes qui, dans certaines circonstances, adoptent les caractères de l’un ou l’autre sexe.
Les sociétés nombreuses qui se partagent Gethen portent toutes la marque de cette indifférenciation sexuelle. L’Envoyé venu de la Terre, qui passe pour un monstre aux yeux des Géthéniens, parviendra-t-il à leur faire entendre le message de l’Ekumen ?

La main gauche de la nuit d’Ursula K. Le Guin, traduit par Jean Bailhache, (présente édition de 2006, parution VO en 1969), 350 pages.

Prix Hugo 1970. Prix Nebula 1969.

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