Chronique – Rêves de gloire, Roland C. Wagner

Rêves de gloire de Roland C. Wagner

Après Michel Pagel, je reste dans le thème de l’uchronie, française et originale, pour un autre auteur majeur, le regretté Roland C. Wagner. Je ne vous conseillerai jamais assez de lire ses Futurs mystères de Paris, qui sont de petits bijoux de drôlerie et d’hommage au genre hard boiled, avec son détective Temple de l’Aube radieuse qui est un de mes personnages de fiction favoris. Ici, je vous parlerai de Rêves de gloire, qui est probablement un des livres les plus exigeants qu’il m’ait été donné de lire et qui est considéré comme son chef d’œuvre. Ce retour date initialement d’octobre 2019 et a été publié sur Facebook.

Ecrire ces quelques lignes va être difficile, autant que la lecture du livre. Et je ne voudrais surtout pas me louper sur un tel ouvrage et un auteur qui nous a quitté trop tôt.

Rêves de Gloire est une uchronie. L’assassinat contre de Gaulle a réussi et l’auteur nous raconte donc une Histoire qui dévie à partir de là. L’Algérie est bel et bien devenue indépendante mais les villes principales, dont Alger, sont restées des enclaves françaises… En partant de ce postulat, Roland C. Wagner nous met en scène de nombreux protagonistes, de nombreux lieux, de nombreux moments. C’est un récit choral où les narrateurs sont des membres du FLN, de simples habitants de la Casbah, « Français » ou « Algériens », hostiles ou favorables à la décolonisation. Les moments racontés vont de la guerre aux indépendances, des attentats à la Commune d’Alger et quasiment jusqu’à nos jours. Le cadre est celui de la France, l’Algérie, l’Aurès, le littoral… Tout ceci tourbillonne et on passe d’un lieu à l’autre, on remonte dans le temps, sans jamais que l’auteur nous prenne par la main.

Dans cette grande et ces petites histoire(s) il y a deux éléments essentiels où l’auteur a mis beaucoup de lui (c’est le cas dans tout le roman mais là c’est encore plus prégnant). Le premier fil rouge est celui des « vautriens » et de la drogue qu’ils consomment, la Gloire. L’inspiration vient des communautés non violentes qui se montaient dans les années 60 et dont la musique est un des vecteurs. Le second concerne justement la musique où le personnage que l’on voit le plus, disons le héros, cherche justement à mettre la main sur un disque de cette époque et pour lequel certains tuent. Petit à petit, et surtout vers la fin de l’ouvrage, tous ces éléments se nouent.

J’ai aimé ce livre et je ne serai pas capable de le conseiller : j’ai eu l’impression d’un accouchement dans la douleur. L’auteur met tellement de lui-même, ce livre est d’une telle profondeur que le mot « chef d’œuvre » n’est pas usurpé. On sent pourtant beaucoup d’humilité quand Roland C. Wagner se permet de faire intervenir celui qui est, pour moi, le plus grand auteur français : Camus. Oui c’est difficile à lire : la multiplication des points de vue, des lieux, des instantanés, donnent le tournis. La maîtrise de l’auteur est totale sur la forme ; le style s’adapte à chaque changement. Il demande également un peu de culture musicale (mais ça n’est pas indispensable) mais aussi de la culture historique sur ce contexte sous peine d’être vraiment lâché. Je ne ferai pas mes « plus » et « moins » habituels car pour ce genre d’œuvre il faut je pense dépasser le « j’aime » et « j’aime pas ». Un roman qui mérite d’être lu et qui se mérite.

Résumé éditeur

Lancé à la recherche d’un vinyle rare pressé à quelques exemplaires seulement en 1969, un collectionneur de disques nous fait découvrir, au travers de nombreux témoignages – pas tous dignes de confiance ! -, une Alger différente : une Alger restée française suite au décès du général de Gaulle en 1960, une Alger où l’histoire du rock et l’Histoire tout court ont pris une voie parallèle à la nôtre. Le tout sous le regard bienveillant d’un certain monsieur Albert. Rêves de Gloire est un roman polyphonique magistral que Roland C. Wagner a porté en lui pendant plus de vingt ans. Ce chef-d’œuvre, au sens premier du terme, a été justement récompensé par de nombreux prix : Grand Prix de l’Imaginaire 2012, prix Rosny aîné 2012, prix européen Utopiales 2011, prix du Lundi 2011 et prix ActuSF de l’uchronie 2011.

Rêves de gloire de Roland C. Wagner, aux éditions Folio SF (première parution à l’Atalante, 2011), 800 pages.

4 commentaires sur “Chronique – Rêves de gloire, Roland C. Wagner

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  1. Lecture difficile et accouchement dans la douleur, je te rejoins totalement sur ces termes. L’auteur a mis beaucoup de lui, et de mon côté j’ai complètement manqué de billes historiques pour parvenir à entrer dans l’histoire, je passais mon temps à en sortir pour tenter de rassembler mes maigres souvenirs. Et pourtant j’ai bien senti qu’on était sur un bouquin assez fou. En attendant il faudrait sûrement que je tente de découvrir l’auteur avec d’autres textes ^^

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