Chronique – La millième nuit, Alastair Reynolds

Il y a des auteurs qui ont déjà une solide notoriété, et dont le nom est inscrit sur une pile mentale des « auteurs à lire un jour, quand un texte me fera particulièrement de l’œil ». Pour ceux qui écrivent surtout de la hard SF, il me faut un déclencheur puissant. Concernant Alastair Reynolds, c’est la sortie d’une novella dans la collection Une Heure Lumière qui a été le déclencheur. Je n’ai même pas lu la quatrième de couverture, voulant avoir la surprise, tout en étant intrigué par un titre poétique et mystérieux, ainsi que par la couverture. Petite fausse crainte, car la dernière fois que j’ai vu des baleine dans un univers de SF, c’était dans Star Trek IV, vu au hasard d’une diffusion Arte (si si !) qui m’a laissé un souvenir… mitigé ? Mon épouse m’en parle encore.

La millième nuit est un texte pas si hard SF que ça (j’ai tout compris) qui fonctionne sur un contraste entre futur lointain et vertigineux – rarement Sense of wonder aura été une expression plus appropriée – et whodunit.

Alastair Reynolds situe sa novella dans un futur lointain. Très lointain. Très très. On ne parle pas de quelques milliers d’années, mais bien de millions. L’humanité a survécu – bonne nouvelle ? – et s’est répandue dans la Galaxie, transcendant son corps pour produire une multitudes de civilisations, aux formes diverses et variées. Celle qui nous intéresse dans la Millième nuit est la Lignée Gentiane : mille individus, qui ont conservé apparence humaine, clones et donc tous issus du même « ascendant ». Ils arpentent la galaxie en quête de l’extraordinaire et se réunissent tous pour réaliser des « performances », mises en spectacle des souvenirs qui les ont marqué, durant mille nuits. Le gagnant organise la prochaine réunion familiale dans un lieu de son choix, modelé dans des proportions gigantesques pour l’évènement. Ce contexte et l’idée de cette compétition sont de puissants vecteurs d’émerveillement pour le lecteur, renforcés par des contrastes qui donnent aussi une dimension un peu retro – et très agréable – à l’ensemble : des millions d’années, mais toujours l’échelle de la Galaxie, de nombreuses barrières techniques et physiques ont été dépassées, mais l’humanité a toujours besoin de corps, la transcendance n’est pas absolue. Cela permet en outre de se sentir proche des personnages, empêtrés dans de petites querelles familiales qui pourraient paraitre bien mesquines.

« Deux millions d’années de la bio-ingénierie et de remodelages cyborgs avaient permis à l’espèce humaine de s’adapter à n’importe quel environnement physique. Vingt mille branches distinctes de l’humanité étaient retournées dans des mers extraterrestres, chacune adoptant une solution différente au problème de la vie aquatique. Certaines restaient plus ou moins des créatures humanoïdes, mais d’autres s’étaient transformées en fines créatures rappelant les requins, en agiles mollusques aux membres multiples ou en arthropodes aux solides carapaces. Mille trois cent culture humaines peuplaient les atmosphères des géantes gazeuses. Dont quatre-vingt-dix nageaient au sein d’océans d’hydrogène métallique. »

Cependant, un petit détail cloche lors de cette réunion de la lignée. Celles-ci sont effet très codifiées, avec des règles strictes notamment celles liées à l’authenticité des souvenirs mis en scène, et leur non-respect, même minime, est donc suspect. Deux membres de la lignée, dont le vainqueur de la précédente réunion – et par conséquent organisateur de celle-ci – trouvent l’attitude de l’un d’entre eux suffisamment étrange pour enquêter. La communication n’est pas aisée : les relations entre eux sont complexes, entre tabous et protocoles. On découvre ainsi que cette famille n’est pas si unie que ça, qu’il y a des factions et que certains d’entre eux ne se satisfont peut-être pas d’un statut d’observateur. Il s’agit donc d’éclaircir le mystère, sans briser l’unité familiale, perdre sa réputation et son statut. C’est vertigineux, à la hauteur des moyens dont ils disposent et des échelles temporelles ou spatiales. Je regrette juste que cet aspect enquête se résume souvent à de longues scènes d’exposition, mais il me paraissait difficile d’approfondir davantage dans un format court. L’ensemble reste très intéressant, et on devine un univers très vaste, aux enjeux qui le sont tout autant (et un roman à suivre).

La millième nuit est une novella qu’il est difficile de lâcher, entre mystère et Sense of Wonder. Un whodunit aux enjeux cosmiques qui donne terriblement envie de retrouver cet univers.

Vous aimerez si vous voulez un aperçu d’un futur dans plusieurs millions d’années.

Les +

  • Un Sense of wonder vertigineux
  • L’idée même de la millième nuit
  • Un mystère qui donne une ambiance de polar…

Les –

  • … mais qui tombe un peu à plat à cause de longs dialogues d’exposition

La millième nuit sur la blogosphère : Le chien critique rappelle que la famille c’est important, Albédo évoque les enjeux éthiques, environnementaux, transhumanistes… et aime beaucoup l’auteur.

Résumé éditeur

Dans plusieurs millions d’années…
Ayant essaimé à travers l’ensemble de la Galaxie, l’humanité s’est divisée en une myriade de cultures et civilisations adaptées à des contraintes environnementales et des modes de vie aux variétés pour ainsi dire sans limites. Ainsi en est-il de la Lignée Gentiane, mille clones immortels ou presque, issus d’une souche unique, qui arpentent les étoiles depuis des centaines de milliers d’années. Si, au fil du temps, chaque membre de la Lignée s’est singularisé, explorant et poursuivant ses intérêts propres, tous les deux cent mille ans, selon une antique tradition œcuménique, l’étrange fratrie se réunit pour partager ses expériences, souvenirs et projets – des célébrations grandioses qui culminent lors de la Millième Nuit. Jusqu’à ce qu’un grain de sable ternisse les dernières retrouvailles… Un détail, une anomalie insignifiante derrière laquelle pourrait bien se cacher un complot à l’échelle proprement astronomique…

La millième nuit d’Alastair Reynolds couverture d’Aurélien Police, aux éditions Le Bélial, collection Une Heure Lumière (2022, parution VO en 2005), 144 pages.

9 commentaires sur “Chronique – La millième nuit, Alastair Reynolds

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  1. Je suis justement en train de m’attaquer à ma PAL Une heure petit à petit en ce début d’année. Tu me rassures sur l’accessibilité du titre que qu’il y est présent. J’ai aussi envie de découvrir cet auteur et son sense of Wonder. J’ai hâte !

    Aimé par 1 personne

  2. J’aime beaucoup l’auteur, et cette 1000° nuit également qui a vraiment un charme suranné comme tu le mentionne.
    Pour les baleines, la dernière fois que je les ai croisées c’est dans un roman de Reynolds…
    (c’est vrai que Star Trek IV, et bien, c’est assez moyen).

    Aimé par 1 personne

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