Chronique – Les derniers jours du Nouveau Paris, China Miéville.

Il y a des auteurs et des autrices chouchous. J’ai déjà fait ici plusieurs « déclaration d’amour » et c’est toujours un plaisir que d’en faire une de plus. Miéville est donc un de ces auteurs que j’affectionne, pour son imagination débridée et sa capacité à me sortir de mes zones de confort, en tant qu’auteur de la New Weird (je vous invite chaudement à lire l’article pointu mais accessible du Chroniqueur à ce sujet). Aussi, quand il écrit une uchronie sur la Seconde Guerre mondiale, il réussit à réinventer cette idée – pourtant servie jusqu’à la lie – et va bien plus loin qu’une simple divergence.

Il s’agit retour que j’avais publié sur Facebook le 9 août 2020.

Un auteur que je commence à bien connaitre. Il met toujours en place des univers fantastiques bien à lui, où la ville tient une place prépondérante, loin des univers héroïques éculés. Donc Miéville + Uchronie 2eGM + surréalisme, je ne pouvais pas passer à côté, même si je savais qu’au regard de l’auteur et du thème ça serait nécessairement très exigeant. Au final, j’ai bien aimé.

L’auteur anglais nous raconte donc une histoire de la Seconde Guerre mondiale qui ne s’est pas déroulée (et surtout terminée) de la manière dont nous connaissons. Il intègre des éléments assez connus, à savoir la fascination des nazis pour l’occultisme et qui arrivent cette fois à la traduire en résultats, à ses propres intérêts d’auteur, ici l’art. Le postulat est donc qu’une Bombe S (S pour surréalisme) a explosé à Paris pendant la guerre, donnant vie aux œuvres de ce courant, et prolongeant de fait le conflit. Ces « manif » bouleversent complètement l’équilibre des forces, étant totalement imprévisibles et très puissantes. Paris est donc mise en quarantaine et devient un ghetto où la population s’organise tant bien que mal, et où des résistants tentent de comprendre, voire d’utiliser, les conséquences de cette Bombe S. Mais ils ne sont pas les seuls…

Le récit alterne deux dates : la situation en 1950 et les événements de 1941 qui expliquent cette fameuse bombe. Dans les deux cas, l’auteur intègre à son récit de la Seconde guerre de nombreux éléments du surréalisme, à la fois auteurs (et pas nécessairement peintres) et œuvres d’art. Le héros principal est un jeune membre de cette résistance surréaliste qui tente de survivre – ce qui n’est pas une mince affaire – et de comprendre les projets des nazis et des autres factions. Le livre est assez difficile à suivre, il faut connaître, ou du moins être curieux ou non allergique – à cette forme d’art, mais l’accroche devient plus facile quand l’intrigue se précise. L’auteur arrive, avec son talent coutumier, à faire coïncider tous ces éléments pour nous livrer quelque chose de totalement original dans ce genre en général, et dans l’uchronie de cette période historique en particulier. On ressent complètement l’extrême violence, l’âpreté des combats, le cynisme des factions et on imagine cette ville de Paris devenant littéralement une œuvre d’art… Je cherchais quelque chose de talentueux et particulier, j’ai été servi.

Vous aimerez si vous aimez l’art, les histoires totalement folles et la plume de l’auteur.

Les +

  • L’idée de départ, géniale.
  • La capacité de l’auteur à tout imbriquer pour faire cohérence.
  • Le twist final, extraordinaire.
  • La couverture.
  • L’explication à la fin de toutes les références
  • Érudit.

Les –

  • Érudit.
  • L’intrigue longue à se mettre en place et trop secondaire.

Résumé éditeur

1941. À Marseille, Jack Parsons, jeune ingénieur américain versé dans les sciences occultes, rencontre un groupe de résistants auquel appartient André Breton. Il souhaite s’inspirer du surréalisme pour créer un golem capable de renverser le Troisième Reich, mais change involontairement le cours de la guerre…
1950. Dans Paris occupé, les œuvres surréalistes ont pris vie après l’explosion de la Bombe S, et combattent les démons et leurs maîtres nazis aux côtés de la résistance, dans un décor halluciné.

Les derniers jours du Nouveau Paris de China Miéville, traduit par Nathalie Mège, aux éditions Pocket (présente édition de 2019, première édition VF en 2018, parution VO en 2016), 240 pages.

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