Manga – Kaiju n°8, Naoya Matsumoto

Kaiju n°8 T1 de Naoya Matsumoto

Dernier samedi du mois et donc chronique manga. Ce mois-ci, il s’agit de Kaiju n°8, nouveauté éditée chez Kazé. Certes, il s’agit d’un Shonen et j’essaie désormais de lire davantage de mangas « adultes » (tout est dans le « j’essaie ») mais il m’était difficile de résister à ce titre : j’adore les Kaijus (« bête étrange », souvent colossale, en japonais). Je suis fan du premier Pacific Rim, des vieux Godzilla ainsi que de la version 2014, j’ai adoré la relecture de ces mythes japonais version comics dans Kaijumax, sortie en VF chez Bliss Comics, que je recommande très chaleureusement, et je guette la réédition du jeu de figurine Monsterpocalyse chez Mythic Games. Cette sortie, appuyée par une puissante couverture, avait tout pour me faire craquer. Il s’avère de surcroit que le titre a tout du hit, avec déjà des records battus au Japon, et désormais en France. A défaut de savoir ou prédire s’il deviendra, aux côtés des locomotives, un classique du genre, j’ai trouvé Kaiju n°8 intéressant grâce à son originalité : idées de world building et son héros ; mais sans s’affranchir des règles du Shonen en terme d’humour et de personnages badass.

La chasse aux Kaijus ou autres grosses bestioles, de chair et/ou artificielles, est un grand classique du manga et de l’anime. Souvent, cela flirte avec – ou franchit même allégrement – la limite du porn destruction, en se concentrant beaucoup sur les figures héroïques et leurs combats, mais assez peu sur les dommages collatéraux, encore moins sur les conséquences immédiates ou plus lointaines. Naoya Matsumoto semble bien décider à creuser la question du « concrètement, ça pourrait donner quoi ? ». Dans l’univers qu’il décrit, où le Japon est quasi quotidiennement attaqué, il intègre cette composante : il y a certes des unités de combat contre ces bestioles, mais aussi la question de l’évacuation de leurs dépouilles, et même de l’exploitation économique, les kaijus contenant des matières premières, qui en sera faite. Il n’est en effet pas totalement sot de se demander comment évoquer régulièrement des carcasses dont les dimensions s’apprécient en dizaines de mètres et de tonnes. Les habitants quant à eux semblent plutôt s’y être résolus, dans une résilience comparable à celle forgée face aux catastrophes naturelles, technologiques ou militaires. Ce n’est pas pour rien si le kaiju est un mythe japonais.

C’est dans ce contexte que vit Kafka (oui, il va se métamorphoser), sémillant trentenaire qui bosse au sein d’une unité de nettoyage, voire au sein des appareils digestifs des Kaijus. Son rêve initial était de les combattre mais faute d’un réel talent, il a changé son fusil d’épaule pour ce boulot, qu’il accompli néanmoins avec détermination et bonne humeur, non sans une pointe d’amertume. Cela fait déjà quelques temps que le genre shonen s’affranchit un peu du personnage qui incarne l’archétype du jeune génie, mais l’auteur va ici un peu plus loin, ce qui change agréablement. A mon âge canonique, un manga dont les héros ne sont pas des mômes, et donc sans les explications foireuses au sujet d’adolescents qui mettent leur vie en danger (que font leurs parents bordel !), permet un peu plus d’identification au personnage. Surtout quand il mène d’abord une vie assez ordinaire et que l’accomplissement de son rêve est amené finement, de manière presque fortuite, sans ressasser les habituelles phases d’entrainement / réveil de force cachée / pouvoir de l’amitié et des rêves (cocher la mention inutile). Cet aspect presque anti-héros, au sens gars ordinaire, qui ne se rêve pas d’un grand destin ou qui cherche son/sa père/mère/frère/sœur, a quelque chose de rafraichissant.

Attention, cela reste tout de même, et ne voyez ici aucun sens péjoratif, du shonen. On retrouve donc une vaste amplitude d’émotions, et notamment une bonne dose d’humour, qui permet d’évacuer les questions existentielles. En effet, Kafka est capable de se transformer en créature mi-homme mi-kaiju, et surtout capable de garder taille humaine, suite à l’ingestion forcée d’une étrange bestiole (comprendre : elle se jette dans son gosier). Un être humain ordinaire serait passablement traumatisé mais notre héros trouve ça plutôt cool et la scène initiale de transformation est clairement burlesque. C’est un petit peu dommage car le mangaka a intégré certains éléments plus réalistes ; donc un peu de drame, au moins à ce moment, aurait donné davantage de profondeur à ce volume et était presque attendu. Nous sommes en effet assez loin des questions existentielles d’un Ben Grimm de chez Marvel au profit de plusieurs passages à la limite du SD, probablement pour attacher le lecteur au personnage et pour accentuer le contraste avec les autres kaijus, qui oscillent entre titans de SNK ou hollows de Bleach (Kafka ayant d’ailleurs un air de ressemblance avec Kurusaki Isshin, voire à Ichigo en mode hollow partiel avec son masque) et dont j’aurais aimé peut-être un peu plus d’homogénéité dans le design. Pour le moment, il n’y a aucune explication à ces kaijus même si j’aurais tendance à classer spontanément le manga dans le genre de la SF.

Comme dans SNK, les chasseurs de kaijus opèrent au sein d’unités d’infanterie nommées « forces de défense » mais, monde contemporain oblige, dotées d’armes à feu ainsi que de combinaisons qui accroissent très nettement leurs capacités physiques. De fait, la plupart des créatures géantes, mais stupides, ne sont que du menu fretin pour l’élite des forces de défense. A nouveau, le récit est très classique avec les habituelles épreuves qui permettent d’expliquer un peu l’univers, de mettre en scène une galerie de personnages badass (avec une représentation féminine appréciable), d’introduire un antagoniste et permettre au héros… d’être héroïque. L’arc de l’examen Chunin de Naruto, surtout la forêt, étant un de mes favoris, j’ai plutôt apprécié. On trouvera également l’habituel quantification de la puissance, ici en pourcentage, chère à l’esprit japonais. Surtout, c’est un tome très généreux : il y a beaucoup de péripéties et d’action ; le trait de Naoya Matsumoto est net et il gère parfaitement les différences d’échelle ainsi que les effets de puissance, notamment le destructeur crochet du gauche de Kafka. Le mangaka nous livre un bon et solide shonen, qui ajoute donc une étape supplémentaire dans l’évolution actuelle du genre, avec des personnages qui intègrent une part monstrueuse, tout en s’inscrivant dans la tradition, ici incarnée par les kaijus. Kazé a bien fait de rapidement traduire ce titre qui plaira aux jeunes mais aussi éventuellement à un lectorat plus âgé qui cherche à se divertir. Fiston et/ou moi-même liront la suite avec plaisir.

Résumé éditeur

Les kaiju sont d’effroyables monstres géants qui surgissent de nulle part pour attaquer la population. Au Japon, ces apparitions font désormais partie du quotidien…
Enfant, Kafka Hibino rêvait d’intégrer les Forces de Défense pour combattre ces terribles ennemis, mais après de nombreux échecs à l’examen d’entrée, ce trentenaire travaille à nettoyer les rues de leurs encombrants cadavres. Jusqu’au jour où une mystérieuse créature s’introduit dans son organisme et le métamorphose en une entité surpuissante mi-humaine, mi-kaiju. Son nouveau nom de code : « Kaiju n° 8 » !

Kaiju n°8 de Naoya Matsumoto, traduit par Sylvain Chollet, aux éditions Kazé (2021, parution VO en 2020), 192 pages.

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