Chronique – Briser les os, Cassandra Khaw

La collection RéciFs des éditions Argyll semble s’être enracinée dans le paysage littéraire SFFF. Si j’en crois les conversations, la collection se… collectionne et les textes en bonne trônent désormais en bonne place sur les étagères et gondoles des nouvelles sorties. Pour ma part, j’ai désormais un peu de retard sur ces publications et j’ai donc décidé de donner priorité au dernier né, tout comme je priorise désormais les « nouveautés » poche en général. Le hasard aidant, je n’avais lu que de la SF chez eux (Foodistan et Re:Start) ; Briser les os est donc le premier texte RéciFs fantastique pour moi. Et il y en aura donc un deuxième, puisqu’il s’agit du premier tome d’une duologie.

C’est un texte qui ressemble d’abord à un polar un brin classique, mais surtout qui dépoussière et rend hommage à Lovecraft, avec une ambiance âpre et brutale, ainsi que cette colère sous-jacente que j’avais déjà sentie dans mes deux lectures précédentes.

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Chronique – Hurlements, Alma Katsu

J’ai décidé de me consacrer en priorité aux « nouveautés » poche, c’est à dire les textes publiés pour la première fois dans ce format (voire les inédits) ; et même si j’ai parfois l’impression qu’il me manque une culture classique, je préfère tout de même me consacrer aux nouveautés. J’en profite pour remercier le site Noosfere qui annonce les sorties mois par mois, ou encore Célinedanaë, Sometimes a book et L’ours inculte : grâce à vous, j’ai pu éplucher toutes les sorties.

Et c’est en fouillant dans ces précieuses pages, consacrées à septembre, que j’ai déniché ce titre d’une maison d’édition dont l’activité Imaginaire était totalement passé sous mon radar ; la nouveauté est en réalité double, car je ne connaissais pas davantage l’autrice. Hurlements m’a immanquablement fait penser à Terreur : le récit d’un évènement historique réel auquel on ajoute un élément fantastique pour expliquer l’inexpliqué. Ici, les personnages doivent faire face aux difficultés d’un voyage, au surnaturel… et surtout à eux-mêmes.

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Chronique – L’orage qui vient, Louise Mey

La figure du loup-garou est parent pauvre ma bibliothèque. Ce n’est pas pour autant une figure que je mais il est peu présent dans les collections imaginaires qui m’intéressent – je ne lis peu ou pas d’Urban Fantasy et toutes ses déclinaisons. Peut-être moins séduisant ou ambivalent que le Vampire, l’image qui leur colle aux pattes est celle d’une créature qui perd tout contrôle à la pleine lune, primaire, brutale. Mais c’est aussi un être dual, ambigu, toujours sur le fil du rasoir, quasi symbole de la dialectique nature/culture.

C’est cette direction qu’a explorée Louise Mey dans L’orage qui vient, texte hybride entre post-apo et fantasy, qui articule féminisme et respect de l’environnement à travers la figure de Mila, jeune louve-garou. Un texte court mais percutant, que j’ai beaucoup aimé.

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Chronique – Re:Start, Katia Lanero Zamora

La collection RéciFs lancée par les éditions Argyll – avec un F majuscule comme Féminisme – continue de tracer son sillon dans le paysage éditorial français, et contribue à y ancrer un peu plus le format de la novella, ainsi qu’un engagement plus que jamais nécessaire.

Re:Start pourrait être le porte-étendard de cette ligne éditoriale et le ton est donné dès l’avertissement annoncé en première page. L’autrice décrit avec acidité l’avènement d’une firme transnationale 3.0, véritable projet dystopique aux dérives sectaires qui s’appuie les possibilités offertes par les dernières technologies et où les femmes deviennent leurs propres bourreaux.

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Chronique – Cimqa, Auriane Velten

Il y a deux ans, j’avais chroniqué AfterR d’Auriane Velten, véritable coup de cœur, et texte remarquable pour un premier roman. Cimqa est donc son deuxième, dont je guettais la sortie poche pour voir si elle transformait l’essai, avec la pointe de curiosité supplémentaire quant aux différences ou similitudes d’un texte à l’autre. Sorti en avril de cette année, il tombait à point nommé pour rééquilibrer une liste de lecture d’auteurs très masculins, et anglo-saxons ; de surcroit, un one-shot ne se refuse pas, et encore plus quand on s’aventure en terrain totalement inconnu.

Et Cimqa est une belle démonstration des qualités d’Auriane Velten ainsi que de sa capacité à changer de thématique. Ici, pas de post-apo dystopique – et finalement assez classique – mais un texte de SF qui postule la capacité de rendre réel ce que l’on imagine. Une idée qui permet de questionner la manière dont une telle innovation pourrait être utilisée à l’heure du néo-libéralisme, tout en faisant la part belle aux personnages et à leurs failles.

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Chronique – Foodistan, Ketty Steward

Le format des novellas, ou romans courts, semble rencontrer de plus en plus de succès. Entre la collection Une Heure Lumière du Bélial, celles éditées chez l’Atalante, au Passager Clandestin ou encore 1115, le choix ne manque pas. J’ai découvert lors des Utopiales 2024 cette nouvelle venue, la collection RéciFs, lancée la même année par les éditions Argyll. Un F majuscule comme Féminisme : la ligne éditoriale de la collection propose des textes d’autrices – engagées – et la charte graphique a été confiée à Anouck Faure. Entre ces éléments d’unité et les numéros de tranche, j’y vois une reprise de la recette UHL, et je m’en réjouis.

Foodistan n’est pas le premier de la série (il porte le numéro 3) mais celui dont la Quatrième m’a le plus intrigué sur le moment. Un texte post-apo, basé sur le thème de la ressource alimentaire et prenant place en France, promettait une vraie originalité. Promesse tenue dont j’ai aimé l’inventivité, ce nouveau monde imaginé et le miroir qu’il nous tend, même si j’ai été un peu décontenancé par l’absence du classique schéma narratif. Chronique 100% sans jeux de mots ou figures de style alimentaires.

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Chronique – Libration (Les voyageurs T2), Becky Chambers

Le cycle des Voyageurs a rapidement provoqué une certaine hype, l’autrice s’installant en figure de proue d’une « nouvelle » manière de concevoir la SF, et plus particulièrement le Space Opera. Exit donc les récits angoissants ou violents, qui dépeignent souvent un futur qui fait assez peu envie – textes pensés et écrits à mon humble avis comme des contre-modèles ou guides à ne pas suivre, n’en déplaise à Musk. Cette approche différente est suffisamment convaincante pour que je lise, et apprécie, le premier tome (L’espace d’un an) et prolonge le cycle avec le roman objet de ce billet.

J’y ai retrouvé les qualités – et défauts, j’y reviendrai – du précédent et qui semblent être la marque de fabrique de l’autrice : un vrai Space Opera aux paysages, ambiances et espèces aliens variées ; un intérêt poussé quant aux Intelligences Artificielles ; et surtout une attention portée aux personnages et à leurs relations, thème où Chambers excelle. Cela ne m’a toutefois pas totalement comblé car même si j’ai passé un bon moment, j’ai aussi trouvé que ça manquait parfois un peu de péripéties.

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Chronique – Après nous les oiseaux, Rakel Haslund

Je ne sais pas s’il s’agit du contexte général et particulier, ou un biais de loupe de ma part, mais j’ai l’impression que le post apo – genre qui raconte la fin du monde, pendant ou après – est à la mode chez les éditeurs d’imaginaire. Le tag « postapo » sur le blog donne d’ailleurs de nombreuses occurrences, toutes époques d’écriture confondues. Le genre navigue souvent entre descriptions habituelles des causes de l’apocalypse, espoir de survie et l’émergence d’une nouvelle – ou pas – société. Aussi, est-il encore possible d’écrire dans ce genre en le renouvelant, sans tomber dans un nihilisme bas de gamme ou la violence gratuite ?

C’est ce que réussit à faire Rakel Haslund avec son premier roman, Après nous les oiseaux. L’autrice danoise prend le parti d’un court récit minimaliste : en révéler le moins possible, introduire peu d’éléments pour nous faire éprouver une douloureuse solitude.

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Chronique – Vers Mars, Mary Robinette Kowal

Vers Mars est la suite de Vers les étoiles et conclut (enfin presque) les aventures d’Elma York, la Lady Astronaute. C’est une suite directe et je ne conseillerais pas de le lire de manière indépendante.

Vers les étoiles avait été un véritable coup de cœur, ce qui rendait la tâche d’autant plus difficile pour ce texte : il fallait être à la hauteur. Le risque d’un biais de lecture, consistant à vouloir retrouver les mêmes émotions et surtout le même émerveillement face à une nouveauté, est un réel piège. De l’eau a un peu coulé sous les ponts, et j’ai tendance à vite oublier ce que j’ai lu. Vers Mars est aussi un coup de cœur. Je n’y ai certes pas trouvé les mêmes ingrédients mais j’ai aimé retrouver ces personnages, une ambiance différente – celle d’un voyage spatial – et surtout un prolongement des évènements du premier volume.

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Chronique – Sweet Harmony, Claire North

Claire North était déjà une habituée de la collection Une Heure Lumière avec sa trilogie La Maison des Jeux, relativement inclassable et dont je disais beaucoup de bien du premier tome, Le Serpent. L’autrice maitrisant parfaitement le format – moyennement – court, il était logique de voir un autre de ses textes dans la collection sublimée par les couvertures d’Aurélien Police.

Sweet Harmony est donc le 49e volume de la collection, et un texte résolument de science fiction. Enfin, « science », c’est évident car il s’agit de parler d’une nouvelle forme de médecine, à base de nanotechnologies, et surtout de ses applications les moins vitales. « Fiction », pas vraiment tant le texte tape juste – et fort – sur un néolibéralisme échevelé – sauf si vous avez souscrit aux bonnes nanos -, tout en interrogeant la place de la femme dans cette société de l’image. Comme le dit la quatrième, c’est « bientôt ». Mon coup de cœur, et mon malaise, sont eux immédiats.

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