Chronique – Le choix, Paul J. McAuley

J’ai découvert la collection UHL alors qu’elle était déjà sur de bons rails et la qualité des textes – et non mon complétisme pathologique, du tout du tout – m’incite fortement à faire trôner l’intégralité en bonne place dans ma bibliothèque. Après avoir acquis les titres qui me faisaient le plus envie, j’essaie de suivre le rythme des nouveautés tout en rattrapant les débuts. La chandelle par les deux bouts.

C’est ainsi qu’arrive cette chronique du 4e tome, paru en 2016 (10 ans déjà…), d’une collection qui faisait ses premiers pas. Alors que ce texte n’a pas à rougir de la comparaison avec d’autres titres, Le choix de Paul J. McAuley, une des UHL les plus courtes, est de ceux que l’on cite finalement assez peu quand il s’agit d’énoncer les favoris. Pourtant, par sa gestion des différentes échelles d’espace et de temps et la subtilité de son propos, elle le mérite, ce choix.

Le choix est un roman de Planet Opera post apo. Planet Opera car la Terre a été visitée par des aliens, les Jackaroos (la novella fait partie d’un cycle donc la lecture n’est aucunement obligatoire, voire même possible en VF compte tenu de la rareté des traductions) qui ont amené avec eux progrès technologiques, notamment dans le domaine des transports, en échange de ce qu’ils ne peuvent produire ainsi que de la périphérie du système solaire. On aurait aimé que les rencontres de notre histoire mondiale soient aussi pacifiques. Ce n’est pas la première fois que je lis quelque chose de ce genre mais j’apprécie toujours les textes où la Terre est une marge d’un univers plus vaste, loin de certains textes de SF au colonialisme triomphant. Novella post apo aussi car ledit monde était à l’agonie entre guerres nucléaires et/ou cyber, dérèglement climatique et autres émeutes ; sans l’intervention des extra-terrestres susnommés, la fin aurait été tragique. Il semblerait qu’à cette échelle, l’humanité soit incapable de faire le bon choix. D’autant plus que les progrès apportés par les Jacharoos n’ont pas permis l’avènement d’une utopie qui profiterait à tout le monde : les inégalités subsistent et peu – aucune ? – de leçons semblent n’avoir été tirés des erreurs. Il me semble d’ailleurs y déceler le propos de l’auteur, qui garde une grande neutralité : pas de prescription, pas de modèle. C’est à chacun de choisir en somme.

« Elle avait enseigné la philosophie au Birkbeck College, avant les frappes nucléaires, les émeutes, les révolutions et les escarmouches de la netwar ; ce qu’on avait appelé le Spasme et auquel avait mis fin l’apparition dans le ciel des vaisseaux flexibles jackaroos. En échange des droits sur le système solaire externe, les extraterrestres avaient donné à l’humanité une technologie permettant de nettoyer la planète et l’accès à un réseau de trous de ver reliant une douzaine de naines rouges de classe M. D’autres espèces extraterrestres n’avaient pas tardé à arriver, passant divers marchés avec divers nations et blocs politiques, troquant des technologies de pointe contre des œuvres d’art, de la faune ou la flore, la formule secrète du Coca Cola et autres pièces uniques. »

Le Choix se déroule sur le littoral de la Mer du Nord, dans une Angleterre devenue méconnaissable en raison du dérèglement climatique. Une partie des habitants ont quitté le territoire et sont devenus réfugiés quelque part ailleurs. Ceux qui sont restés sont ceux qui n’avaient pas le choix, ou qui l’ont fait en conscience, en raison d’un attachement viscéral à une terre. Les deux héros sont de jeunes adolescents, enfants uniques, qui vivent au sein de familles monoparentales dysfonctionnelles. Damian vit et travaille avec un père violent, Lucas pratique une activité vivrière pour s’occuper de la mère, écologiste radicale, complotiste et xénophobe – au sens SF du terme – gravement malade. Damian rêve de tout quitter, visiter les étoiles et s’engager, Lucas a construit un bateau mais refuse de quitter sa mère, elle-même refusant de quitter sa caravane. Mais un Dragon, vaisseau alien à la fonction et au fonctionnement inconnus au commun des mortels, s’est échoué non loin ; l’occasion est trop belle pour ces deux jeunes en construction, et tous les badauds des environs. Il faut prendre le bateau et aller voir, s’offrir un peu d’exotisme et de frisson pour oublier un monde qui (s’)étouffe, rêver un peu et qui sait, pour l’un d’entre eux, saisir une opportunité.

« D’après les nations Unies, les dragons sillonnaient les océans pour engloutir et digérer les immenses amas de déchets flottants hérités du monde gspilleur et dépendant du pétrole auquel le Spasme avait mis fin. À en croire les rumeurs propagées sur les réseaux furtifs, un laboratoire clandestin de l’ONU avait longtemps auparavant réussi à ouvrir un dragon et pratiqué de la rétroingénierie sur sa technologie dans un but inavouable, à moins qu’il s’agisse de dissimuler un complot extraterrestre visant à s’infiltrer sur la planète pour y construire des bases secrètes dans les profondeurs de l’océan, voire transformer le monde de manière aussi radicale qu’hostile. »

Ce choix en appelle d’autres. La Terre n’a finalement guère changé et la curiosité n’est jamais sans conséquences. Face à un monde qui s’ouvre à eux, les deux adolescents deviennent des hommes, aux ambitions et vies différentes. Paul J. McAuley déploie une belle histoire, où finalement le mystère du dragon importe peu et nous invite à suivre deux parcours de vie. Je n’en dirai pas davantage car le texte est court et je risquerais de vous gâcher la surprise.

Le choix parle de trajectoires. Ici, ni méritocratie ou fatalité, mais des décisions et des contingences. Le Choix traite de l’évènement, au sens historique du terme, et le fait de touchante manière.

Vous aimerez si vous aimez les points de bascule.

Les +

  • Une belle histoire d’amitié
  • Le traitement du contact avec les aliens
  • La richesse des thèmes abordés…

Les –

  • … mais un peu trop court, surtout avec une toile de fond alléchante

Le choix sur la blogosphère : Un récit sans fausse note pour Baroona, un récit humaniste pour le Maki.

Résumé éditeur

Ils sont amis depuis toujours, ils ont seize ans ou presque. Damian vit et travaille avec son père, éleveur de crevettes et cogneur d’enfants. Lucas s’occupe de sa mère, ancienne passionaria d’un mouvement écologiste radical clouée au lit par la maladie dans la caravane familiale. Le monde est en proie à un bouleversement écologique majeur — une montée des eaux dramatique et une élévation de la température moyenne considérable. Au cœur du Norfolk noyé sous les flots et écrasé de chaleur, la rumeur se répand : un Dragon est tombé du ciel non loin des côtes. Damian et Lucas, sur leur petit voilier, entreprennent le périlleux voyage en quête du mystérieux artefact extraterrestre, avec en tête un espoir secret : décrocher la clé des étoiles…

Le Choix de Paul J. McAuley, traduction de Gilles Goullet, couverture d’Aurélien Police, aux éditions Le Bélial, collection Une Heure Lumière (2016, parution VO en 2011), 96 pages.

Prix Theodore Sturgeon 2012

Un commentaire sur “Chronique – Le choix, Paul J. McAuley

Ajouter un commentaire

  1. J’ai la même pratique que toi avec cette collection, rattraper mon retard et suivre les nouveautés, effectivement, ce n’est pas facile.
    Je me montre ce titre dans un coin de ma tête même si le fait que tu l’aies trouvé un peu court, sachant que toi tu es moins difficile que moi, me fait un peu peur 😅

    J’aime

Répondre à tampopo24 Annuler la réponse.

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑