Interview, Stéphanie Chaptal de L’autre côté des livres

Voici la deuxième « interview blogueurs & blogueuses », publiée initialement sur le groupe Facebook des Mordus de SFFF. Après celle d’Anne-Laure, c’est au tout de Stéphanie Chaptal, taulière de De l’autre côté des livres. J’ai tendance à la considérer comme ma seconde marraine car elle m’a encouragé à ouvrir le blog que vous parcourez actuellement. Elle m’a ouvert ses colonnes pour deux chroniques – et il y en aura sûrement d’autres – et m’a donné de précieux conseils. De surcroit, quand une journaliste vous dit que vos « articles » sont clairs, c’est un beau compliment. Mais il est temps de lui laisser la parole…

Peux-tu nous raconter la genèse et le développement de ton blog ?

Il a fêté ses quatre ans le 29 mai dernier. Et ce n’est pas mon premier blog. Le tout premier, http://schaptal.free.fr/, n’est plus actif depuis longtemps et me servait surtout de lieu d’expérimentation pour apprendre à utiliser Dreamweaver à l’époque et découvrir l’univers des blogueurs quand je travaillais comme journaliste à 01 Informatique et Micro Hebdo. Celui-ci, De l’autre côté des livres, correspond à un élargissement de mes activités professionnelles vers la traduction et l’édition en général. Je voulais avoir à la fois une vitrine où présenter mon travail et un lieu où parler de ce que j’aime : lire et l’imaginaire. Et comme depuis, l’écriture et le maintien d’un blog ne nécessitent plus de passer par un logiciel dédié comme Dreamweaver ni d’envoyer ses pages une à une sur son serveur (pour les billes impatientes comme moi), je me suis lancée.

Techniquement le blog est sur une instance Simple Hosting chez Gandi. La mise en place du logiciel WordPress, l’installation de Matomo (moins intrusif que Google Analytics pour le suivi des visites) et tout a été fait pour moi . En revanche, une fois passée cette étape, la maintenance, les mises à jour et la charte graphique, c’est moi. Et les bannières sont des cadeaux de Anne-Laure Tensi. J’ai choisi de ne pas dépendre d’une plate-forme d’hébergement de blogs dédiée pour maîtriser de bout en bout le mien, sans contrainte de censure toujours possible avec une plate-forme étrangère, et pouvoir le faire bouger d’endroit si j’en ai envie. Hormis les couvertures de livres, toutes les images dessus sont libres de droits, et j’essaie d’avoir un blog le moins intrusif possible pour mes lecteurs — pas de publicité par exemple, et pas de conservation des cookies de lecture (autre que le réglage a minima de Matomo qui est très protecteur de la vie privée de mes visiteurs). De même, je n’ai pas multiplié les plug-ins ou choisi un thème trop complexe pour ne pas rendre la maintenance trop complexe ou exposer le blog à des failles de sécurité. En revanche, je le sauvegarde toutes les semaines au moins, en local et chez mon hébergeur. Je suis fainéante, mais paranoïaque de la sécurité (toujours faire des sauvegardes en informatique).

Fainéante ? Mais un blog prend du temps…

Oui, par nature je suis une vraie fainéante, donc je vais choisir le plus court chemin (oui, c’est une allusion à Dune, livre dont je suis une grande admiratrice). J’ai vite compris en observant mes petits camarades que les blogs les plus lus étaient les blogs actifs régulièrement, donc je me suis contrainte à publier régulièrement. Au moins une fois par semaine au début. Désormais c’est plutôt deux : le mardi et le vendredi. Lire les livres en soi n’est pas une contrainte — et je ne veux pas que cela le devienne ! — mais entre l’écriture de la chronique, le choix de l’illustration et la mise en page, puis l’annonce des chroniques sur les différents réseaux sociaux… Disons que chaque chronique me prend entre une heure et trois heures en moyenne, mais morcelées par petits bouts. Pour l’écriture en elle-même, c’est souvent juste après avoir fini le livre ou dans les heures qui suivent. Comme j’ai défini très tôt la forme de mes articles les plus fréquents — titre du livre, photo de la couverture, texte de ma chronique puis en bas de l’article les informations pour trouver plus facilement le livre — je n’ai quasiment pas besoin de réfléchir à certains éléments, ni le plus souvent à chercher de l’information en dehors de ce qui est marqué dans le livre. Donc je peux écrire de n’importe où et n’importe quand dès que l’inspiration vient. Le plus souvent, je les écris d’abord à la main dans un cahier dédié, puis je les retape dans un traitement de texte pour me relire, peaufiner mes textes. Et enfin je les copie/colle dans le gestionnaire de mon site.

Et donc quelle serait ta ligne éditoriale ? Et ta méthode d’écriture ?

Ma ligne éditoriale ? Partager mes lectures et donner envie aux visiteurs de lire ou de découvrir de nouveaux auteurs ou des textes plus anciens. C’est l’équivalent public d’un carnet de notes sur mes lectures où je dirai à la personne à côté de moi  : « Tiens j’ai lu ça, si tu aimes ce genre, si tu cherches ceci, si tu as envie de cela… essaie, ça va te plaire. » Et ça doit marcher parce que je ne compte plus les gens qui se plaignent d’avoir augmenté leur PAL (pile à lire) depuis que le site existe. J’écris donc principalement des chroniques. Et je ne parle pas que d’imaginaire ! Par exemple, deux des articles les plus lus sur mon site sont mon avis sur Les douze balles dans la peau de Samuel Hawley (de la littérature contemporaine américaine) et ma présentation des polars autour du Poulpe. Mais effectivement, l’imaginaire, et surtout la science-fiction depuis ma découverte de Dune, reste mon genre préféré. Des différents genres de l’imaginaire, j’ai le plus de mal avec la fantasy, mais je compense en créant des « Avis d’invité », où je laisse la parole à des amis ou des proches qui veulent partager un coup de cœur. Certains m’ont parlé de livres de cuisine d’autre de la saga de l’Épouvanteur qui je n’ai, personnellement, pas lu… Tu es bien placé pour le savoir non ?  Ces avis sont libres, les personnes écrivent ce qu’elles veulent. Je me contente de mettre en forme et de rédiger une petite introduction devant.

Quelle méthode ? Je prends un livre, je le lis. Et s’il me procure une émotion, je me pose la question : « Tiens et si j’en parlais » ? Si la réponse est oui, et c’est le plus souvent le cas, je me lance dans une chronique. Je ne m’interdis aucun livre et je ne m’en impose aucun : je peux parler de romans, d’essais scientifiques, de BD ou même de dictionnaires ! En revanche, tous les livres que je lis ne sont pas chroniqués. Par exemple, quand je n’aime pas un livre, je n’écris pas forcément sur celui-ci. Récemment, j’ai commencé Monstrueuse féérie de Laurent Pépin. Contrairement à nombre de nos camarades blogueurs, je n’ai pas apprécié le style ni la thématique… Je ne l’ai pas fini et je n’en parlerais pas sur le blog. Je peux aussi citer Tooth and Claw de Jo Walton, l’autrice de Mes vrais enfants, ou Les Maîtres enlumineurs de Robert Jackson Bennett (lui j’ai fini le tome 1, mais ne me demande pas de te raconter l’histoire, je ne me souviens même plus du nom des personnages principaux !). S’il s’agit d’un livre que j’ai reçu grâce à un service de presse, j’en parle à l’éditeur ou à l’auteur en lui disant : « Écoute, je n’ai pas aimé, ce n’est pas pour moi. Je ne vais pas en parler. » J’estime que sauf en de très rares cas, cela ne sert à rien de descendre publiquement une œuvre. Je fais ce blog avant tout pour le plaisir. Je ne prends aucun plaisir à dénigrer le travail de quelqu’un d’autre. Et je ne veux pas me contraindre à parler d’un livre pour une raison ou une autre.

Si je déteste parce ce que ce n’est pas dans mes goûts je n’en parle pas et puis c’est tout. Ce n’est pas comme si l’on m’avait engagé pour lire un livre en particulier et donner une critique dessus en temps et en heure. Dans ce cas-là, oui, ma plume peut être cinglante, si le livre le mérite. Argumentée, mais cinglante. Mais De l’autre côté des livres est mon espace personnel. Je n’ai pas envie d’y parler de ce que je n’aime pas. Je n’ai pas envie de dire du mal dessus. À quelques rares exceptions (moins de cinq de mémoire en quatre ans) et toujours dans des « Notes de lecture où je rassemble plusieurs avis courts sur des livres lus récemment »… Ces exceptions étaient des livres que j’avais acheté et qui m’ont donné envie d’écrire à l’éditeur pour obtenir le remboursement (ce que je n’ai pas fait). Là il s’agit plus d’un avertissement aux visiteurs : « que nous ayons des goûts communs ou non, n’y allez pas, c’est objectivement mauvais ! »

Écris-tu des articles qui ne sont pas des chroniques ?

J’en fais peu. Et le plus souvent ce sont soit des réactions à l’actualité où j’ai essayé de proposer la solution la plus complète possible à des lecteurs avec des envies de lectures fraîches sans qu’ils ne prennent de risques inutiles ou en fassent prendre à d’autres, soit une réponse à une question que l’on me pose sans cesse. Ma méthode n’est alors pas très différente de ce que je fais pour les autres chroniques : un premier jet à la main, puis je tape et j’intègre en mettant les liens. Et pour l’article sur le confinement en le mettant régulièrement à jour en fonction des événements. En revanche, je ne programme pas ces articles. Le but premier du blog reste de présenter des livres lus qui m’ont plu et qui peuvent plaire à d’autres.

Comment vois-tu ton blog au sein de la communauté ?

Je croise les doigts, je n’ai pas  eu qu’un « troll », qui a été vite bloqué et évacué loin au fin fond de la corbeille. Que ce soit en commentaires sur le blog ou dans les différents échanges sur les réseaux sociaux, ou ici sur le groupe (ou son compagnon Les Mordus de thrillers), les échanges sont souvent très intéressants. Le reproche le plus fréquent que mes lecteurs me font c’est : « Ma PAL ! Tu me donnes envie de l’acheter/le lire ! » Mission accomplie non ?

Et la relation avec les blogueurs ? C’est en discutant avec Shunrize, Last Eve ou New Kids on the Geek que je me suis décidée à relancer un blog, même si elles ne sont pas spécialisées en imaginaire. Depuis je croise beaucoup de blogueurs dans nos lectures de prédilection sur les réseaux sociaux ou dans la vraie vie (coucou Anne-Laure) et les relations sont très bonnes. J’aime aussi lire leurs points de vue et passer en mode « petite souris » sur les blogs des uns et les autres. Pour ça, je suis de la vieille école : j’utilise un lecteur RSS qui m’alerte quand un article est paru sur un blog que je suis.
Pour les auteurs et les éditeurs, je n’ai pas particulièrement de partenariats fixes. Et je n’en veux pas ! J’utilise parfois NetGalley pour avoir des services de presse, parfois des éditeurs m’envoient des livres au détour d’une conversation, comme Galeux, que j’ai racheté depuis en papier pour le relire (une fois que mon père l’aura lui-même lu) et d’autre fois, je demande à recevoir un livre ou une BD en particulier. Mais cela reste une minorité parmi mes chroniques. De par mes différents métiers, oui j’ai rencontré des éditeurs et des auteurs, et mes relations sont plutôt cordiales avec elles et eux… Cela n’influence pas trop mes lectures ni le site. En revanche, outre De l’autre côté des livres, depuis quelques numéros j’ai rejoint la bande de chroniqueurs de Bifrost, édité par le Belial’ (après un très très lointain passage chez Présences d’Esprit).

Et donc, des coups de cœur à nous conseiller ?

À part Galeux ? Je dirais Les miracles du bazar Namiya en « feel-good » fantastique, Terra Ignota en SF pure (dont je viens de terminer Perhaps the Stars en lecture n’ayant pas la patience d’attendre les sorties VF chez Le Bélial’) et en anglais, le dernier John Scalzi, The Last Emperox. Mais en général, John Scalzi est toujours une valeur sûre. Comme Frank Herbert et sa série Dune (mais pas que !).
Et donc depuis ? En manga, j’ai un gros coup de foudre pour Wombs de Yumiko Shirai, dans le monde anglophones, deux primo-autrices m’ont tapé dans l’oeil pour des raisons complètement différents : Angela Mi Young Hur avec Folklorn et son récit sur les enfants de deuxième génération et Aparna Verma avec The Boy with Fire un très bon planet-opera bourré d’action. Et je me régale de Weird fiction avec Jeff Noons ou China Miéville.

Que peux-tu nous dire sur ton blog aujourd’hui, et peut-être même à l’avenir ?

Le blog remplit ses deux fonctions premières : garder une trace de mes lectures, et via la partie Qui suis-je ? me servir de vitrine professionnelle. Mais il est au fil du temps, la porte ouverte pour de nombreux échanges avec des visiteurs, des collègues blogueurs, des auteurs, des éditeurs, des illustrateurs… Et ça, c’est un vrai bonheur. La qualité des conversations qu’il génère et les personnes qu’il m’a permis de rencontrer valent largement l’investissement qu’il représente !
Pour l’évolution ? Il va vivre sa vie tranquillement. Et grandira à son rythme… un peu comme un enfant. Reviens d’ici quelques années me poser la question.

Vendu, et merci d’avoir pris du temps pour répondre !

Merci à toi. 🙂

Merci Stéphanie de s’être prêtée au jeu de l’interview. Camarades blogueurs et blogueuses, si vous souhaitez passer sur le grille aussi, n’hésitez pas à me contacter.

2 commentaires sur “Interview, Stéphanie Chaptal de L’autre côté des livres

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