Chronique – À ce qui rouille et qui oublie, Lou Dulac

Commençons par enfoncer quelques portes ouvertes. Non, la SF ça n’est pas « toujours pareil », et encore moins « c’était mieux avant ». Oui, autrices et auteurs sont les fruits de leurs contextes, qu’ils soit social, politique… ou scientifique, et à fortiori pour qui écrit de la SF. Par exemple, Sbires ou Au cœur des méchas témoignent de l’influence – consciente ou non – des subaltern studies qui donnent la parole aux « petites gens ». Donc, même si le texte qui nous intéresse aujourd’hui n’est pas fondamentalement neuf, son approche et sa sensibilité valent le détour.

Avec À ce qui rouille et qui oublie, Lou Doulac s’inscrit quant à elle dans les préoccupations du care et se rattache au courant Solar/hope punk. L’autrice nous propose un univers post-apo où un robot en quête de souvenirs et d’identité (re)donne un sens à l’existence.

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Chronique – Des perles pour les truies, Maeve Spiral

Je me répète, et m’excuse donc auprès des fidèles du blog, mais la novella est à la mode. Des perles pour les truies, c’est donc le lancement d’une nouvelle collection de format court, à la charte graphique léchée et identifiable, mais surtout une nouvelle autrice française ; et une incursion en Fantasy, dans un genre longtemps dominé en France par des plumes masculines, et qui en général a une tendance marquée à l’hypertrophie du nombre de pages.

Ici, s’il y a taille, c’est celle de la narratrice, hors norme à bien des égards, qui se démène dans un univers esquissé mais aux inégalités marquées, et qui doit (dés)apprendre à (se) faire confiance.

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Chronique – Une espèce en voie de disparition, Lavie Tidhar

La concurrence éditoriale pour les novellas devient rude : Le Bélial, L’Atalante, Argyll, Passager Clandestin, 1115, Timelapse, ActuSF… et sûrement d’autres maisons que j’oublie, ou dont j’ignore l’existence. Une des conséquences – outre la question de la qualité – est une forme d’errance éditoriale, où un auteur ou une autrice peut se voir publié chez quelqu’un en grand format, puis ailleurs pour ses novellas ou nouvelles, sans évoquer la question du pochiste qui peut suivre. C’est le cas de l’écrivain israélien Lavie Tidhar, dont les textes récents sont sortis chez Mnémos et Pocket… alors qu’Une espèce en voie de disparition déboule dans la prestigieuse collection Une Heure Lumière.

Avec cette novella, l’auteur s’inscrit dans la même problématique soulevée avec Aucune terre n’est promise (je vous invite à lire l’interview de Tidhar sur ActufSF) : l’uchronie par l’angle de la judéité, mais dont la forme hybride le polar des années 40 et la nouvelle à chute.

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La Trilogie du samedi – La Maison des Jeux, Claire North

Claire North est une autrice britannique désormais bien installée dans le paysage littéraire français, et dont les textes recueillent toujours un joli succès critique. J’ai lu et chroniqué une de ses novellas, Sweet Harmony, coup de cœur et claque engagée, déjà éditée dans la collection UHL. La Maison des jeux est une trilogie de novellas publiée initialement en 2015, traduite avec talent par Michel Pagel, et rééditée récemment sous forme d’une intégrale, moins onéreuse, mais qui se prive des couvertures du non moins talentueux Aurélien Police. Il est temps pour moi, maintenant que la hype est un peu retombée, de livrer cette Trilogie du samedi.

Je conserve la même structure pour cette rubrique, et j’évoque donc le cycle dans son intégralité, tout en évitant au maximum de spoiler : une présentation générale de la trilogie et de ses thèmes, l’articulation des tomes et, en guise de conclusion, l’intérêt général en tant que cycle, en toute subjectivité.

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Chronique – (Dés)incarnations, Julia Richard

Les novellas sont décidemment à la mode. En 2025, une nouvelle collection est arrivée dans les librairies, chez l’éditeur Timelapse. Dénommée Novellapse, on y retrouve les ingrédients qui ont désormais fait leurs preuves : une charte graphique qui crée une identité forte, des tranches numérotées – youpi, une nouvelle collection ! – et une ligne éditoriale engagée. Je remercie Vincent d’en avoir parlé sur Insta, la curiosité a ensuite fait le reste. Sans regrets.

Avec (Dés)incarnations, c’est Julia Richard qui inaugure – et ça augure bien ! – ladite collection, et avec une question existentielle : quel est le rôle d’une tombe ? Pour l’autrice, c’est un écrin qui n’est plus tout à fait hors du temps, un lieu chargé d’émotions, parfois inattendues ; et c’est aussi le moyen de déployer une bien belle plume.

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Chronique – Le choix, Paul J. McAuley

J’ai découvert la collection UHL alors qu’elle était déjà sur de bons rails et la qualité des textes – et non mon complétisme pathologique, du tout du tout – m’incite fortement à faire trôner l’intégralité en bonne place dans ma bibliothèque. Après avoir acquis les titres qui me faisaient le plus envie, j’essaie de suivre le rythme des nouveautés tout en rattrapant les débuts. La chandelle par les deux bouts.

C’est ainsi qu’arrive cette chronique du 4e tome, paru en 2016 (10 ans déjà…), d’une collection qui faisait ses premiers pas. Alors que ce texte n’a pas à rougir de la comparaison avec d’autres titres, Le choix de Paul J. McAuley, une des UHL les plus courtes, est de ceux que l’on cite finalement assez peu quand il s’agit d’énoncer les favoris. Pourtant, par sa gestion des différentes échelles d’espace et de temps et la subtilité de son propos, elle le mérite, ce choix.

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Chronique – Cuirassés, Adrian Tchaikovsky

Avec Cuirassés, c’est la troisième fois que l’auteur britannique est édité dans la collection de novellas Une heure Lumière. Il appartient à mon panthéon personnel des auteurs de SF, avec des textes caractéristiques mais toujours différents, avec sa prose acérée, tout particulièrement ici.

C’est dire si j’attendais ce texte avec impatience, toujours fasciné par les robots et les méchas – on ne se refait pas – ainsi que la promesse formulée par la quatrième de couverture. J’imaginais quelque chose lorgnant vers Le vieil homme et la guerre de Scalzi, mais avec un texte peut-être plus réaliste, n’étant pas un SpaceOp. Et en effet, Tchaikovsky s’inspire de l’Histoire pour son texte et nous propose un contexte géopolitique tendu, qui rappelle la Guerre Froide, et où la distinction entre les forces en présence devient extrêmement floue, tout en multipliant les références à l’histoire de la SF.

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Chronique – Chanter le silence, Cassandra Khaw

Deux moi après Briser les os (chronique ici), la collection RéciFs nous propose la seconde partie de la duologie Persons non grata, dans laquelle Cassandra Khaw poursuit l’hommage et sa revisite de l’œuvre de Lovecraft. Nous retrouvons donc Pearsons, notre privé du premier volume, mais dans une ambiance et une histoire bien différentes, puisqu’il n’en est pas le narrateur.

Avec ce changement de focale, Chanter le silence reprend d’autres thématiques de l’auteur années folles, avec une intrigue qui se rapprocherait davantage des Contrées du rêve, encore plus sensorielle, tout en donnant à nouveau la parole aux opprimés.

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Chronique – Briser les os, Cassandra Khaw

La collection RéciFs des éditions Argyll semble s’être enracinée dans le paysage littéraire SFFF. Si j’en crois les conversations, la collection se… collectionne et les textes en bonne trônent désormais en bonne place sur les étagères et gondoles des nouvelles sorties. Pour ma part, j’ai désormais un peu de retard sur ces publications et j’ai donc décidé de donner priorité au dernier né, tout comme je priorise désormais les « nouveautés » poche en général. Le hasard aidant, je n’avais lu que de la SF chez eux (Foodistan et Re:Start) ; Briser les os est donc le premier texte RéciFs fantastique pour moi. Et il y en aura donc un deuxième, puisqu’il s’agit du premier tome d’une duologie.

C’est un texte qui ressemble d’abord à un polar un brin classique, mais surtout qui dépoussière et rend hommage à Lovecraft, avec une ambiance âpre et brutale, ainsi que cette colère sous-jacente que j’avais déjà sentie dans mes deux lectures précédentes.

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Chronique – Le dernier des aînés, Adrian Tchaikovsky

J’aime la collection Une Heure Lumière, j’aime Adrian Tchaikovsky, auteur fort sympathique de surcroit, rencontré aux Utopiales 2024 : l’achat de cette novella était donc évident. Les aléas de la PAL font que le titre a ensuite un peu végété et c’est le hasard d’un billet de blog, celui d’Albédo en l’occurrence – et dont je me réjouis du retour – qui m’a donné envie de l’en extraire. Compte tenu de l’auteur et de la chronique dithyrambique, j’en attendais beaucoup, et je n’ai pas été déçu.

Avec Le dernier des aînés, l’auteur britannique revisite un thème classique de la SF : le décalage des civilisations dans un contexte d’expansion de l’humanité dans l’univers. Mais il fait ça très bien, par un texte qui allie avec talent fond et forme, et qui nous livre par la même occasion deux personnages principaux, que tout pourrait opposer, mais finalement pas si différents que ça.

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