Le blog arrive doucement sur ses cinq ans. Ma toute première chronique était consacrée à la première partie de cette « trilogie en quatre volumes mais qui est en fait un dyptique » qu’est Olangar; puis j’avais lu le tome suivant à sa parution, de longs moirs plus tard, et commencé enfin le dernier au début de ma période agrégative… Celui-ci était donc resté en suspend malgré la reprise régulière de mes chroniques, alors que j’appréciais – beaucoup – cette lecture. Il était donc temps de l’achever puis de vous livrer cette trilogie du samedi, pour un cycle qui a été un coup de cœur de bout en bout.
Je conserve la même structure pour cette rubrique, et j’évoque donc le cycle dans son intégralité, tout en évitant au maximum de spoiler : une présentation générale de la trilogie et de ses thèmes, l’articulation des tomes et, en guise de conclusion, l’intérêt général en tant que cycle – en toute subjectivité.

Les couvertures des quatre volumes annoncent la couleur : métal en fusion, armes à feu, train, ballons et dirigeables ; l’auteur choisit comme contexte un moment de l’histoire qui s’inspire de l’industrialisation du XIXe, s’éloignant ainsi du classique univers « médiéval » – fantasmé. Pour le côté « fantasy », l’auteur garde les peuples canoniques que sont les Nains, Elfes, Orcs, et humains, mais sans la magie ou autre morts-vivants et dragons. Pas de sorciers à la barbe grise – qui sait tout mais ne dit rien – d’artefact ou de prophétie ; mais des complots politiques et des intérêts économiques : l’industrialisation n’est pas qu’un décor, mais une atmosphère que Clément Bouhélier saisit parfaitement pour nous proposer un récit qui raisonnera chez les amateurs et amatrices d’histoire, ou qui ont lu les grands classiques de la littérature française – mais aucune de ces références n’est indispensable. De cette période, Olangar reprend surtout les inégalités qui se sont creusées, la politisation croissante du peuple, la recherche de nouveaux systèmes politiques et l’essor urbain sans précédent : Olangar est une métropole en gestation, et le personnage principal du roman. Par exemple, les nains sont à l’image du cliché de la Fantasy : têtus et travailleurs infatigables, notamment dans les mines. Dans ce récit, ils sont donc une minorité opprimée, sur fond de clichés racistes, mais également indispensables au bon fonctionnement économique ; soudés, ils s’organisent en une vaste confrérie qui n’est pas sans rappeler les syndicats, entre solidarité et radicalité.

Un peu taquin, je parlais en préambule de dyptique en quatre volumes. Les deux premiers sont bien un seul roman – Bans et barricades – coupé en deux pour des raisons de taille. Ce premier tome présente avec une grande efficacité l’univers et les principaux personnages : chaque peuple s’incarne dans un personnage, plus ou moins important selon les moments. Evyna est celle par qui l’intrigue se déclenche, jeune noble de campagne partie à la recherche de son frère, qui fera face à des menaces à priori bien trop grandes pour elle, et qui se trouvera des alliés – puis des amis – de circonstance. Ses intrigues sont résolues à la fin de ce tome, avec un vrai climax – les scènes de barricades sont extraordinaires -, et on peut tout à fait envisager d’arrêter ici, sans réelle frustration, dans le cas peu probable où vous n’aimeriez pas. Ce n’est pas évident pour la ensuite à mon avis : les enjeux montent considérablement, devenant plus politiques et à l’échelle du monde entier, dans le deuxième tome. L’intrigue n’est par contre pas résolue – du moins pas au sens que l’on souhaiterait – et la lecture du troisième tome s’avère indispensable, d’autant plus qu’il lorgne davantage sur le XXe siècle et les heures sombres de l’Occupation. Pas d’inquiétude, le niveau est constant d’un volume à l’autre, et Le combat des ombres clôt totalement les récits – impression confirmée par le « Pour finir » où Clément Bouhélier affirme à raison qu’il faut savoir inscrire un point final.

L’ensemble est dense mais sans être indigeste. Le récit est souvent choral mais il est facile de suivre tous les fils narratifs et les personnages sont mémorables. J’ai pu espacer mes lectures de plusieurs mois, voire années, et reprendre sans difficultés, ce qui est de moins en moins le cas pour moi, les années passant. Même si le texte est engagé – une Commune Fantasy -, l’auteur ne tombe pas dans le piège du manichéisme. Tous les protagonistes principaux ont leur part d’ombre, leurs secrets, mis à part peut-être Ergan l’Orc, réduit assez souvent à ses caractéristiques physiques. Torgend l’Elfe vit ces évènements comme une seconde chance, après avoir été banni, et toujours corseté par un étrange sens de l’honneur. Baldek le Nain représente quant à lui tous les sales coups que l’on est obligé de faire pour tenir tête à un oppresseur. C’est surtout Evyna qui évolue le plus, toujours poussée par son sens de la morale, mais qui fait face à un monde gris et qui doit se résoudre faire des sacrifices. Ces personnages incarnent à merveille toutes les renonciations nécessaires pour triompher, et l’amertume qui surgit une fois ce triomphe atteint, quand l’univers reprend sa petite routine, que les morts sont enterrés et de vagues remerciements esquissés. La figure du héros en prend un coup.
Olangar est un récit de luttes face à la convoitise. Mais qui pose aussi de manière terrible la question du coût de la victoire, et de l’après.
Vous aimerez si vous aimez le souffle des combats et des chaudières à vapeur.
Les –
- Pessimiste non ?
- Une fin qui échappe un peu aux personnages…
Les +
- … alors qu’on les aime tant !
- Un contexte de Fantasy industriel qui sort des sentiers battus
- Une trilogie dense, mais rythmée
Résumé éditeur du premier tome
Dix-sept ans ont passé depuis la bataille d’Oqananga, où la coalition entre les elfes et les hommes a repoussé les orcs. À l’approche des élections, Olangar est une capitale sous tension. Tandis que les trois candidats noircissent les journaux de leurs promesses, les ouvriers s’épuisent dans les usines, les accidents se multiplient sur les chantiers navals et la Confrérie des nains menace d’engager un mouvement de grève d’une ampleur sans précédent.
Au même moment, Evyna d’Enguerrand débarque en ville pour chercher la vérité sur la mort de son frère, assassiné dans d’étranges circonstances. Pour l’aider, elle fait sortir de prison Torgend Aersellson, un elfe banni par les siens et vieil ami de son père. Ensemble ils se lancent dans une enquête acharnée qui les mènera des bas-fonds de la cité aux confins du royaume, là où l’ombre des orcs menace encore.
Olangar : Bans et barricades, Une cité en flamme, Le combat des ombres, de Clément Bouhélier, illustrations des couvertures Alain Brion, aux éditions Le Livre de poche, (2020,2021 et 2023, grand format aux éditions Critic en 2018, 2020 et 2021).

C’est une saga que j’ai vue souvent vu passée et qui m’a plusieurs fois interrogée. Je ne savais pas si ce contexte très industriel opérait ou non. Venant de découvrir l’auteur via son dernier texte de SF, j’avoue que je suis assez tentée en lisant ta chronique, de franchir le pas et de tenter aussi Olangar, surtout s’il y a des personnages mémorables et que malgré le fait que ce soit une intrigue chorale, on puisse quand même s’en rappeler des mois après et s’y resituer.
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Et venant de moi, c’est rare. Là, c’est comme si j’avais posé le bouquin hier. Je te le recommande chaudement !
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Qu’est-ce que j’ai aimé la lire, celle-là ! Merci d’avoir ainsi réveillé quelques souvenirs. Preuve, comme tu le dis, que les personnages restent en mémoire longtemps.
Comme je suis taquin, je me dois de te signaler, si tu ne l’as pas encore croisé, le recueil de nouvelles situé dans le même univers : Olangar. Histoires au crépuscule. Mais je ne crois pas qu’il soit encore paru en poche. Il vaut le coup de retourner un peu dans cette région pleine de conflits qu’est Olangar.
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Oui je l’ai vu ! Et je guette 🤩
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Oui je l’ai vu ! Et je guette 🤩
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