Chronique – La couleur du froid, Jean Krug

Jean Krug s’est taillé une place au piolet dans le monde de la SF française, écrivant avec la régularité d’un atome qui se gèle les électrons. La couleur du froid est son troisième texte édité chez Critic, republié ensuite en poche chez Pocket, puis à rejoindre ma bibliothèque. Rien qu’à regarder la couverture évocatrice d’Aurélien Police, la température baisse de plusieurs degrés, toujours utile dans un contexte de réchauffement climatique.

Car La couleur du froid est avant tout une fiction climatique, où l’auteur consolide un peu plus sa signature d’auteur du froid avec un texte qui articule hard SF et aventure, servi par une plume qui titille nos sens. Un conseil : prenez une boisson chaude, un alcool quelconque, voire un alcool chaud.

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Chronique – Vallée du Carnage, Romain Lucazeau

Je vous ai parlé il y a peu de mon projet de « Prix Mondes de poche » pour la saison 2025-2026, et donc de ma priorité désormais donnée aux sorties les plus récentes. Vallée du carnage est un texte que je n’aurais probablement pas lu, tant j’avais détesté Latium du même auteur, au point de me dire « plus jamais ». Mais par honnêteté intellectuelle – si je commence à faire le tri, je biaise mon propre projet -, renforcée de surcroit par plusieurs avis très positifs de blogopotes, je me devais de donner sa chance à ce texte, en mettant de côté mes à priori.

Bien m’en a pris parce que Vallée du carnage est un coup de cœur, même s’il me l’a soulevé à de nombreuses reprises, et peut-être davantage qu’aucun autre texte de fiction avant lui. Romain Lucazeau met en scène des civilisations antiques qui non seulement ne se sont pas écroulées mais se livrent, dans un futur alternatif, une guerre totale, dans un récit aux allures de tragédie.

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Chronique – Le phare au corbeau, Rozenn Illiano

J’ai publié au début de l’été un billet qui établissait le point sur ma PAL, pour faire un état des lieux mais aussi pour solliciter des conseils de lecture : j’achète parfois certaines nouveautés ou titre un peu « par réflexe » puis je les remise aux limbes de la susnommée PAL. Aussi quand le sympathique taulier du Syndrome Quickson me conseille en priorité de lire Rozenn Illiano « parce que Rozenn », je fonce. Il s’agissait d’un titre que j’avais à l’origine acheté plutôt pour mon épouse, qui l’a lu et apprécié avant moi, et qui pouvait de surcroit ajouter une touche de Fantastique à mes lectures, qui en manquent cruellement.

Donc, merci pour le conseil car j’ai apprécié Le Phare au corbeau. Même sous ses aspects très classiques, je me suis immergé dans l’ambiance d’un récit qui s’inscrit dans les folklores régionaux sans écraser ses personnages.

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Chronique – L’orage qui vient, Louise Mey

La figure du loup-garou est parent pauvre ma bibliothèque. Ce n’est pas pour autant une figure que je mais il est peu présent dans les collections imaginaires qui m’intéressent – je ne lis peu ou pas d’Urban Fantasy et toutes ses déclinaisons. Peut-être moins séduisant ou ambivalent que le Vampire, l’image qui leur colle aux pattes est celle d’une créature qui perd tout contrôle à la pleine lune, primaire, brutale. Mais c’est aussi un être dual, ambigu, toujours sur le fil du rasoir, quasi symbole de la dialectique nature/culture.

C’est cette direction qu’a explorée Louise Mey dans L’orage qui vient, texte hybride entre post-apo et fantasy, qui articule féminisme et respect de l’environnement à travers la figure de Mila, jeune louve-garou. Un texte court mais percutant, que j’ai beaucoup aimé.

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Chronique – Re:Start, Katia Lanero Zamora

La collection RéciFs lancée par les éditions Argyll – avec un F majuscule comme Féminisme – continue de tracer son sillon dans le paysage éditorial français, et contribue à y ancrer un peu plus le format de la novella, ainsi qu’un engagement plus que jamais nécessaire.

Re:Start pourrait être le porte-étendard de cette ligne éditoriale et le ton est donné dès l’avertissement annoncé en première page. L’autrice décrit avec acidité l’avènement d’une firme transnationale 3.0, véritable projet dystopique aux dérives sectaires qui s’appuie les possibilités offertes par les dernières technologies et où les femmes deviennent leurs propres bourreaux.

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Chronique – La brume l’emportera, Stéphane Arnier

Un mois après avoir chroniqué L’âme du chien d’Antoine Ducharme, je reste dans une fantasy française qui s’éloigne – et c’est une bonne chose – des clichés du genre, pour un roman qui était sorti également chez Mnémos en grand format. De nouveau un one shot, une absence d’elfes, nains ou autres dragons, et même un univers qui n’est plus tout à fait médiéval, au sens européen du terme. J’apprécie ce renouvellement, d’autant plus que Stéphane Arnier vient du jeu de rôle, hobby qui puise, et co-entretient, les mêmes habitudes ou scories que le « med fan » classique.

La brume l’emportera a une ambiance de fin du monde, ou de renouveau. C’est un texte initiatique qui s’appuie sur un autre cliché : celui de la rencontre et alliance improbable, presque contre nature. Nos héros devront, au fur et à mesure qu’ils tissent des liens, apprendre à accepter le passé… et l’avenir.

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Chronique – Le club des punks contre l’apocalypse zombie, Karim Berrouka

Pour cette semaine, après Celle qui a tous les dons, je reste dans le genre Zombi en passant d’un récit très classique et cauchemardesque post-apo à un texte déjanté, où l’auteur semble en rêver. J’exhume donc une chronique mort-vivante orientée No Future où un groupe de sympathiques punks français assiste aux débuts d’une invasion zombie. Une opportunité pour niquer le capitalisme et l’ordre ? Contre ou… avec l’apocalypse ? Retour sur Facebook, en aout 2019, avec le chanteur des Ludwig Von 88, pour une courte chronique de l’époque où je savais me taire.

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Chronique – L’âme du chien, Antoine Ducharme

Il m’arrive d’être sarcastique quant au cynisme de certaines maison d’éditions qui éditent, rééditent, encore et encore, les mêmes textes et mêmes auteurs. J’y revendique volontiers une part de mauvaise foi, d’autant plus que je n’ai pas une entreprise à faire vivre, alors je salue aussi les prises de risques, et encore davantage pour un genre aux codes bien établis, voire sclérosés.

L’âme du chien d’Antoine Ducharme est une novella qui tranche. Un univers à peine esquissé qui flirte avec les mythes fondateurs, entre réflexions sur l’héroïsme et le destin, avec une plume que ne renierait pas un aède – enfin, qui eux n’utilisaient pas de plume, mais qui récitent.

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Chronique – Cimqa, Auriane Velten

Il y a deux ans, j’avais chroniqué AfterR d’Auriane Velten, véritable coup de cœur, et texte remarquable pour un premier roman. Cimqa est donc son deuxième, dont je guettais la sortie poche pour voir si elle transformait l’essai, avec la pointe de curiosité supplémentaire quant aux différences ou similitudes d’un texte à l’autre. Sorti en avril de cette année, il tombait à point nommé pour rééquilibrer une liste de lecture d’auteurs très masculins, et anglo-saxons ; de surcroit, un one-shot ne se refuse pas, et encore plus quand on s’aventure en terrain totalement inconnu.

Et Cimqa est une belle démonstration des qualités d’Auriane Velten ainsi que de sa capacité à changer de thématique. Ici, pas de post-apo dystopique – et finalement assez classique – mais un texte de SF qui postule la capacité de rendre réel ce que l’on imagine. Une idée qui permet de questionner la manière dont une telle innovation pourrait être utilisée à l’heure du néo-libéralisme, tout en faisant la part belle aux personnages et à leurs failles.

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Chronique – Foodistan, Ketty Steward

Le format des novellas, ou romans courts, semble rencontrer de plus en plus de succès. Entre la collection Une Heure Lumière du Bélial, celles éditées chez l’Atalante, au Passager Clandestin ou encore 1115, le choix ne manque pas. J’ai découvert lors des Utopiales 2024 cette nouvelle venue, la collection RéciFs, lancée la même année par les éditions Argyll. Un F majuscule comme Féminisme : la ligne éditoriale de la collection propose des textes d’autrices – engagées – et la charte graphique a été confiée à Anouck Faure. Entre ces éléments d’unité et les numéros de tranche, j’y vois une reprise de la recette UHL, et je m’en réjouis.

Foodistan n’est pas le premier de la série (il porte le numéro 3) mais celui dont la Quatrième m’a le plus intrigué sur le moment. Un texte post-apo, basé sur le thème de la ressource alimentaire et prenant place en France, promettait une vraie originalité. Promesse tenue dont j’ai aimé l’inventivité, ce nouveau monde imaginé et le miroir qu’il nous tend, même si j’ai été un peu décontenancé par l’absence du classique schéma narratif. Chronique 100% sans jeux de mots ou figures de style alimentaires.

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