Chronique – À ce qui rouille et qui oublie, Lou Dulac

Commençons par enfoncer quelques portes ouvertes. Non, la SF ça n’est pas « toujours pareil », et encore moins « c’était mieux avant ». Oui, autrices et auteurs sont les fruits de leurs contextes, qu’ils soit social, politique… ou scientifique, et à fortiori pour qui écrit de la SF. Par exemple, Sbires ou Au cœur des méchas témoignent de l’influence – consciente ou non – des subaltern studies qui donnent la parole aux « petites gens ». Donc, même si le texte qui nous intéresse aujourd’hui n’est pas fondamentalement neuf, son approche et sa sensibilité valent le détour.

Avec À ce qui rouille et qui oublie, Lou Doulac s’inscrit quant à elle dans les préoccupations du care et se rattache au courant Solar/hope punk. L’autrice nous propose un univers post-apo où un robot en quête de souvenirs et d’identité (re)donne un sens à l’existence.

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Chronique – Maleficium, Martine Desjardins

La toute jeune collection poche des éditions l’Atalante, Neptune, a déjà un catalogue étoffé entre inédits en poche issus de leur fond grand format et textes qui déboulent directement. Si on y ajoute une direction artistique et une forme qui mise sur les couleurs métallisées, j’ai l’impression d’avoir en main une déjà vieille collection – rien de péjoratif ici – qui s’imposerait comme une bibliothèque idéale, entre nouveautés et classiques. Cela faisait quelques semaines que je voulais contacter l’éditeur pour un Service Presse d’un texte que je pourrais inclure à mon projet de prix (donc inédit en poche, pas de cycle…). Ce fut Maleficium de Martine Desjardins.

Bien m’en a pris pour cette excellente surprise. Maleficium se présente comme un fix up avec un schéma précis, qui parle de toutes les formes de domination, mais qui est en réalité un roman.

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Chronique – Desdemona, C.S.E. Cooney

Lecteurs et lectrices d’imaginaire, nous avons de la chance. En flânant entre les étagères et tables des librairies, il y a des couvertures qui attirent l’œil, qui semblent chuchoter pour que l’on s’en saisisse, puis découvrir la quatrième ; et il y a celles que littérature blanches, surtout en grand format, austères, froides, ou pire avec la photo de l’autrice ou auteur dessus – imaginez des affiches de ciné avec la tronche des scénaristes ou réal’… On m’a déjà rétorqué de l’important, c’est l’intérieur, et que les pratiques évoluent. Mais je sais être de mauvaise foi, caricatural même, et encore plus amorcer mes chroniques.

Car sans la couverture sublime de Desdemona, signée Anouck Faure, je n’aurais pas accordé d’attention à cette épaisse novella, qui se serait perdu dans dans les méandres d’un algorithme des réseaux sociaux, et je n’aurais peut-être pas répondu à l’appel de Xavier Dollo qui proposait des services presse – j’en avais déjà l’intention, mais je procrastinais – portant sur le titre de C.S.E. Cooney. Livre demandé, reçu, dévoré. Mais qui est Desdemona ? Une jeune héritière d’une famille qui exploite les prolétaires, qui découvre des mondes secrets… et qu’elle a une conscience.

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Chronique – La Maison aux pattes de poulet, GennaRose Nethercott

Depuis le mois de janvier, j’ai la chance de participer à un Book Club dédié à l’imaginaire, qui vient d’être lancé par la librairie Goulard à Aix-en-Provence. J’aime discuter des bouquins, vous aussi si vous êtes ici, et j’ai apprécié rencontrer des lecteurs et lectrices qui ne sont pas spécialistes – rien de péjoratif ici – de la SFFF. Le rendez-vous est mensuel, avec à chaque fois un livre de poche – si si ! – à lire pour la fois suivante. Pour février, le livre choisi était donc La maison aux pattes de poulet, de GennaRose Nethercott, que j’avais prévu de lire de toute manière et dont j’avais le souvenir d’un bouche à oreille très positif lors de sa sortie en grand format.

Je ne me démarquerai pas de mes camarades car cette lecture a été un coup de cœur. L’autrice pose une belle question : qu’est-ce qu’un héritage ? Une famille, des mythes, une histoire ? Un peu tout ça.

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La Trilogie du samedi – La Maison des Jeux, Claire North

Claire North est une autrice britannique désormais bien installée dans le paysage littéraire français, et dont les textes recueillent toujours un joli succès critique. J’ai lu et chroniqué une de ses novellas, Sweet Harmony, coup de cœur et claque engagée, déjà éditée dans la collection UHL. La Maison des jeux est une trilogie de novellas publiée initialement en 2015, traduite avec talent par Michel Pagel, et rééditée récemment sous forme d’une intégrale, moins onéreuse, mais qui se prive des couvertures du non moins talentueux Aurélien Police. Il est temps pour moi, maintenant que la hype est un peu retombée, de livrer cette Trilogie du samedi.

Je conserve la même structure pour cette rubrique, et j’évoque donc le cycle dans son intégralité, tout en évitant au maximum de spoiler : une présentation générale de la trilogie et de ses thèmes, l’articulation des tomes et, en guise de conclusion, l’intérêt général en tant que cycle, en toute subjectivité.

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Chronique – (Dés)incarnations, Julia Richard

Les novellas sont décidemment à la mode. En 2025, une nouvelle collection est arrivée dans les librairies, chez l’éditeur Timelapse. Dénommée Novellapse, on y retrouve les ingrédients qui ont désormais fait leurs preuves : une charte graphique qui crée une identité forte, des tranches numérotées – youpi, une nouvelle collection ! – et une ligne éditoriale engagée. Je remercie Vincent d’en avoir parlé sur Insta, la curiosité a ensuite fait le reste. Sans regrets.

Avec (Dés)incarnations, c’est Julia Richard qui inaugure – et ça augure bien ! – ladite collection, et avec une question existentielle : quel est le rôle d’une tombe ? Pour l’autrice, c’est un écrin qui n’est plus tout à fait hors du temps, un lieu chargé d’émotions, parfois inattendues ; et c’est aussi le moyen de déployer une bien belle plume.

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Chronique – Le choix, Paul J. McAuley

J’ai découvert la collection UHL alors qu’elle était déjà sur de bons rails et la qualité des textes – et non mon complétisme pathologique, du tout du tout – m’incite fortement à faire trôner l’intégralité en bonne place dans ma bibliothèque. Après avoir acquis les titres qui me faisaient le plus envie, j’essaie de suivre le rythme des nouveautés tout en rattrapant les débuts. La chandelle par les deux bouts.

C’est ainsi qu’arrive cette chronique du 4e tome, paru en 2016 (10 ans déjà…), d’une collection qui faisait ses premiers pas. Alors que ce texte n’a pas à rougir de la comparaison avec d’autres titres, Le choix de Paul J. McAuley, une des UHL les plus courtes, est de ceux que l’on cite finalement assez peu quand il s’agit d’énoncer les favoris. Pourtant, par sa gestion des différentes échelles d’espace et de temps et la subtilité de son propos, elle le mérite, ce choix.

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Chronique – Nettle and Bone, Comment tuer un prince, T. Kingfisher

Il y a des livres qui ont des trajectoires impressionnantes, comme Nettle and Bone : prix Hugo en 2023, traduction en langue française dès 2024, puis passage au format poche en 2025. Il s’agit donc d’un texte dont on parle régulièrement depuis maintenant deux ans, avec un bouche à oreille souvent positif.

La couverture, le sous-titre et la quatrième de couverture étaient autant d’arguments pour que je franchisse moi-même le pas avec enthousiasme. Pour subvertir le conte de fée, l’autrice reprend la recette de marraine éprouvée : un contexte médiéval, de la magie, et un schéma narratif linéaire.

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Chronique – House of Windows, John Langan

De John Langan, j’ai déjà raté The Fisherman, qui avait été accueilli par un concert de louanges. Aussi, quand celui-ci est sorti, je ne me suis posé aucune question ; achat rapide, et lecture qui l’était tout autant. Je suis content de l’avoir lu en premier, car nous sommes en présence d’une aventure éditoriale classique : un auteur qui met du temps à traverser l’Atlantique, qui est traduit directement avec son meilleur texte ; puis d’autres viennent, plus anciens et peut-être moins bons ?

Je peux donc parler de House of Windows, son premier roman, sans faire de comparaison. Et j’ai beaucoup aimé ce texte qui semble être de prime abord une simple histoire de maison hantée – vue et lue 1001 fois – mais qui interroge surtout les relations familiales toxiques et les traumas de l’Amérique.

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Chronique – Élise sur les chemins, Bérangère Cournut

Tenir un blog est différent d’un site Internet, car il y est davantage admis, et peut-être même attendu, que sa ou son propriétaire se livre un peu, voire échange avec les âmes égarées perdues parmi ses quelques billets. Pour évoquer Élise sur les chemins de Bérangère Cournut, je n’ai guère le choix, tant ce court livre m’a parlé, en tant que lecteur mais aussi au-delà. Car parmi les quelques passions qui m’animent, il y a bien évidemment les lectures de l’imaginaire, ce blog en est une des preuves, mais aussi la géographie, dont j’ai fait partiellement mon métier, avec une flamme ravivée par mes années agrégatives.

Aussi quand l’autrice francophone se lance dans une biographie librement inspirée de la famille d’Élisée Reclus, sous forme d’un conte fantastique en vers libres, pour prolonger les luttes anarchistes du géographe épris de liberté… cela donne un grand coup de cœur.

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